vendredi 14 novembre 2014

Gabon : " Nouvelles Affaires Africaines ", le livre de la discorde



Le dernier livre du journaliste français d'investigation Pierre Péan " Nouvelle Affaires Africaines : Mensonges et pillages au Gabon " est actuellement à l'origine d'une grande confusion et d'une importante polémique dans la capitale gabonaise, entre l'opposition et le régime en place.

En effet, dans son livre que j'ai eu l'opportunité de lire ces derniers jours, Pierre Péan relance essentiellement le débat sur certains points on ne peut plus litigieux de l'univers politique gabonais.

- Les origines d'Ali Bongo, dont l'acte de naissance aurait été falsifié afin qu'il puisse se présenter à l'élection présidentielle de 2009 ;
(Article 10 de la Constitution gabonaise : Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République. Seule sa descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon le peut, à partir de la quatrième génération.)

- Le pourcentage de voix obtenues au cours de cette élection, qui serait inférieur à au moins un des autres candidats en lice, ceci sous le regard bienveillant de la France ;

- L'irrégularité de certains de ses diplômes ;

- Le pillage en règle des richesses du pays par le clan Bongo, avec la complicité très active de certains gabonais d'origine étrangère, qui seraient les véritables maîtres du pays.

Pierre Péan n'est pas à son premier coup d'essai en matière de révélations scandaleuses sur le Gabon puisque qu'en 1983, il avait déjà publié un livre très controversé sur le défunt président Omar Bongo, disparu en 2009, et le rôle très trouble de la France avec ses anciennes colonies dans " Affaires Africaines ".
Déjà, à l'époque, cet ouvrage avait suscité une grande émotion dans le pays.

Pierre Péan a été en son temps un grand habitué du palais présidentiel de Libreville où il y circulait comme chez lui.
Aussi, il ne fait pas de doute qu'il a toujours gardé de très bonnes relations au Gabon avec certains personnages qui ont été ou sont encore influents dans le pays et qui disposent d'une grande connaissance de la société gabonaise et de l'histoire politique locale.
Ceci étant, malgré les informations dont il fait étalage, Pierre Péan n'apporte, malheureusement, aucune preuve de ce qu'il écrit dans son livre et se contente de répéter ce qu'on lui aurait dit ou ce qu'il aurait entendu dire par ci et là.
On comprend naturellement que ses sources, pour des raisons sécuritaires, doivent être protégées et ne souhaitent, d'aucune sorte, apparaître au grand jour.
Cependant, les révélations de Pierre Péan ont depuis longtemps été déjà rapportées par certains journaux d'opposition gabonais qui n'ont pas hésité à risquer les foudres du régime en dévoilant, à tort ou à raison, également sans preuves, exactement le même type d'informations.
On peut donc s'étonner de l'ampleur de la discorde qu'aura suscité son livre alors que les gabonais sont depuis longtemps informés des rumeurs qui circulent dans le pays au sujet de la famille Bongo et tout particulièrement de l'actuel chef de l'état.
Les prétendues révélations de Pierre Péan ne sauraient donc, en aucune manière, constituer un scoop mais s’apparenteraient plutôt un non évènement.
Personnellement, comme beaucoup de monde, je n'ai rien appris de nouveau à la lecture de " Nouvelles Affaires Africaines ".
Aucune preuve tangible ne venant étayer les diverses accusations, j'ai même éprouvé une relative déception en découvrant le contenu de ce livre qui n'est qu'un simple pamphlet accusateur.

L’opposition gabonaise aura donc profité de la sortie de cet ouvrage pour avancer ses pions et tenter de mettre ainsi la pression sur le régime en place.
La marche organisée hier après-midi par plusieurs leaders de l'opposition, en direction du tribunal de Libreville, afin de porter plainte contre la président Ali Bongo, pour faux et usage de faux, au sujet de son acte de naissance, m'est apparue somme toute affligeante car en décalage totale avec les réels problèmes du pays qui sont essentiellement :

- l'accroissement du chômage,
- la recrudescence de la pauvreté,
- le manque d’accès aux ressources essentielles, l'eau et l'électricité.

En effet, alors que les rumeurs sur la véritable origine du chef de l'état et les doutes sur la bonne conformité de l'élection présidentielle de 2009 reviennent régulièrement troubler le calme relatif du pays depuis plusieurs années, un simple livre d'origine étrangère, suffit donc à réveiller une opposition somnolente, dont le peu de crédibilité tient uniquement à la présence dans ses rangs de Jean Ping, ancien président de le Commission de l'Union Africaine mais également ex ministre du régime d'Omar Bongo.
Un journaliste étranger, certes fin connaisseur des us et coutumes gabonaises, peut donc, à lui seul, sortir des bras de Morphée des opposants qui se détestent cordialement les uns les autres et qui n'ont qu'un seul rêve : Devenir calife à la place du calife.

C'est en 2009, avant et après l'élection présidentielle, que les leaders de l'opposition gabonaise auraient dû trouver le courage de montrer leurs " cojones " et de défiler dans les rues mais pas au terme de 5 longues années qui ont suivi les faits reprochés au président de la République.
Cette opposition serait infiniment plus crédible en cette fin de 2014, si elle préparait plus sérieusement l'élection présidentielle de 2016, en fourbissant ses armes par l'annonce d'un programme économique et politique cohérent, qui montre qu'au fil des ans, celle-ci s'est consolidée et a muri.
Jean Ping semble, à première vue, être l'homme qu'il faut pour guider le pays sur la voie de la démocratie mais ce ne sont pas les gesticulations actuelles, qui n'abordent même pas les problèmes de fond, qui changeront le destin du Gabon dont plus de 95% de la population n'aura connu qu'un seul nom à la tête d'un état, véritable monarchie africaine.

Quant à la panne d'électricité qui a plongé hier soir Libreville dans le noir, pendant une bonne partie de la nuit et qui aurait, soi-disant, empêché les gabonais de suivre à la télévision le compte rendu de la marche de l’opposition par certaines télévisions locales privées, chacun ira de sa propre version sur son origine.
Entre une tentative du régime de bâillonner l'information et une véritable panne électrique dont les cas se multiplient une nouvelle fois depuis une quinzaine de jours, il est aisé de trouver une cause qui arrange les uns et les autres...sans pour autant apporter la moindre preuve de ce qui est annoncé, à l'image de Pierre Péan.
Car les " vérités " formulées sans preuves ne peuvent être assimilées qu'à de la diffamation.
Telle est la loi au Gabon comme en France !
Et finalement, malgré le bruit qu'aura occasionné le livre de Pierre Péan, ses révélations sur le comportement douteux d'une certaine catégorie de la classe politique gabonaise, ne seront qu'un coup d'épée dans l'eau et finiront, dans quelques semaines, rangées dans les oubliettes de l'histoire.

28 commentaires:

  1. Mon cher Phemga, nous savons tous de quoi il en retourne dans cette affaire et effectivement, Mr Péan n'a rien dit dans son livre que nous ne savions déjà.
    Pour les preuves, vous le savez aussi bien que moi, il n'y en aura jamais.
    C'est ainsi !
    Merci pour cette article dont les propos sont bien mesurés.

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    1. Propos bien mesurés ou la crainte de dire ce qu'il pense vraiment ?

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    2. Il faut savoir rester sage lorsque les circonstances le commandent.

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  2. Phemga qui réapparait, Quelle bonne surprise !
    Pierre Péan est un habitué du genre et pas seulement sur les affaires africaines.
    Il est connu pour ne pas raconter d'histoires et les renseignements dans son livre que je n'ai pas encore lu ne sont surement pas dénués de tout fondement, surtout pour un tel connaisseur du continent africain. Je vous ai connu plus vindicatif dans certains de vos articles traitant de l'actualité. Je regrette, malgré la qualité de votre article, que vous ne vous soyez pas plus prononcé sur la véracité de ce qui est dit dans le fameux livre en question alors qu'au Gabon, comme vous le faites comprendre, beaucoup de gens paraissent en connaître un rayon sur les méthodes du régime.

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  3. Pardonnez moi mais le plus important ne serait-il pas que le Gabon demeure ce que nous lisons souvent, un havre de paix ?
    Non pas que j'encourage les mauvaises manières mais lorsqu'on observe ce qui se passe chez certains pays voisins, on peut se dire quand même que les gabonais ont de la chance de vivre dans ce pays.

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  4. Phemga, le temps vous fait devenir très diplomate.
    Votre article est une petite caresse et je pensais que vous auriez apporté plus de soutien à Pierre Péan.
    Mais bon, puisqu'il faut mettre la crème, mettons la crème.
    C'est mieux pour tout le monde et ça évite la discorde pour employer vos propres mots.

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    1. Je me demandais Koundabolo si vous ne devriez pas relire l'article et essayer de lire entre les lignes.

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  5. Si les gens qui ont renseigné l'auteur du livre ne souhaitent pas donner leur nom, ce n'est pas la peine d'espérer la moindre preuve sur la réalité des écrits de monsieur Péan.
    L'auteur va se retrouver avec un nouveau procès puisque l'état gabonais a porté plainte pour diffamation.Et tout ça pour des évènements dont visiblement beaucoup de monde sont déjà informés depuis des années.
    Quelle comédie.

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  6. Donc, l'histoire là c'est : je sais que tu sais mais comme tu n'as pas été fichu de donner des preuves, je t'envoie devant le tribunal pour faire bonne figure devant les gabonais.

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    1. Vous avez tout compris Edou.

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  7. Le Gabon appartient à une famille depuis plus de 50 ans et c'est comme ça. On va faire quoi avec une population de 1.6 millions d'habitants dont beaucoup d'étrangers ?

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  8. Si je me souviens bien ça fait déjà quelques années que l'origine du président gabonais fait débat.
    Donc le petit père Péan n'apporte rien de plus dans ses révélations. Comme tu le fais bien comprendre Phemga, Péan connait parfaitement tous ces gens qui fréquentent ou qui ont fréquenté le fameux palais présidentiel. Ce qu'il affirme dans son livre, même sans preuves formelles n'est surement pas dû au hasard mais sans doute issu de nombreuses confidences. On peut reprocher plusieurs choses à Péan mais pas celle de raconter des bêtises. Le problème est qu'il n'y a pas de preuves.

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  9. Si on en croit le bouquin de Pierre Péan, le Gabon, c'est magouilles et compagnie. Ce n'est pas tellement mieux e France, sauf que normalement, on ne trafique pas les élections ni les actes de naissance pour se maintenir au pouvoir.
    Enfin, j'ose témérairement croire que c'est le cas.
    C'est bien le cas n'est-ce pas ?

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    1. Ce Dizender, quel rêveur, quel idéaliste !!!!

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  10. Tous les peuples n'ont pas le courage du peuple burkinabé ou sénégalais et les dirigeants de notre beaux pays en sont bien conscients.

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    1. Pour rebondir sur ce que vous dites Bignoumba, je ressortirai ce que Phemga a déjà écrit à plusieurs reprises et qui m'a souvent interpelé : "Les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent".

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  11. L'Afrique de "papa" c'est terminé et il faut que les peuples se prennent enfin en main pour décider eux-mêmes de leur destin.
    C'est cela aussi l’émergence.

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  12. Phemga, vous rendez compte avec précision de la situation mais vous ne formulez aucun avis personnel sur celle-ci et je suis donc assez déçu par le contenu de votre article qui, à mes yeux, est trop neutre.

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    1. Entre la neutralité et la nécessite absolue de préserver une certaine mesure, il peut y avoir quelques confusions.
      Les élections présidentielles de 2016 promettent d'être très animées.
      Espérons seulement qu'elles ne le seront pas au point de créer une situation désastreuse pour ce petit pays.

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    2. Je pense qu'il doit y avoir un temps pour l'action verbale et un temps pour la modération. Connaissant le style de l'auteur, on est un peu surpris par cet article qui est effectivement relativement neutre. Le mot "malheureusement" dans une des phrases, au sujet du manque de preuves, a pourtant une signification bien plus importante qu'on ne l'imagine quand à sa position dans cette affaire.

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  13. Si la démocratie n'est pas solidement ancrée dans un pays, la soif du pouvoir éloignera toujours les hommes les uns des autres et les poussera inévitablement vers la violence.
    Nous serons toujours directement confrontés à la réalité de la nature humaine dès lors qu'aucune base solide ne protège les fondements d'une démocratie.

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  14. Moi je pose une question : Est-il possible de changer démocratiquement de régime dans notre beau pays le Gabon ?

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    1. Poser cette question c'est y répondre.
      Sinon la question ne se poserait pas.
      En effet, pose t-on ce genre de question en France ?
      Quand Hollande sautera, il sautera démocratiquement, c'est une évidence.

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    2. Si seulement Hollande pouvait sauter avant l'échéance de 2017...
      Heu, démocratiquement bien-sur.

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  15. Les temps sont en train de changer partout dans le monde et les peuples supportent de moins en moins qu'on leur impose des décisions brutales sans aucun discernement. Ce qui s'est passé récemment au Burkina Fasso est un signe qui ne trompe pas. Sans violence, le peuple a choisi son propre destin. Je crois beaucoup à l'élection présidentiel de 2016 qui apportera enfin une ère nouvelle dans le calme et la démocratie. Jean Ping n'est pas un amateur et connait très bien comment fonctionnent les rouages du régime actuel. En tous les cas, le Gabon doit rester cet havre de paix qui le caractérise depuis plus de 5 décennies.

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  16. Je ne connais pas suffisamment la situation au Gabon pour exprimer un point de vue personnel mais je reste toujours très surprise par la modération des commentaires qui sont présents sur ce blog quelque soit la sensibilité du sujet. Félicitations à Phemga et à tous les participants à ce blog.

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  17. Phemga vous êtes très dubitatif quant aux suites qui seront données sur cette affaire d'acte de naissance. C'est mal connaître le peuple gabonais si vous croyez que l'affaire sera rangée aux oubliettes de l'histoire.

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  18. Il est surprenant que ce soit le Gabon qui ait porté plainte contre Pierre Péan alors que ce journaliste n'attaque pas le Gabon mais accuse la personne d'Ali et une partie de son entourage.

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