dimanche 31 août 2014

Mohammed VI : Les prémices d'une laïcité à la marocaine


En promulguant une nouvelle loi, par décret royal, sur la réglementation du statut des imams, le roi du Maroc, Mohammed VI, vient de révolutionner les habitudes religieuses et politiques de son pays.
Désormais, les imams ont l'interdiction de pratiquer toute activité politique ou syndicale pendant l'exercice de leur mission.
Ils ne peuvent plus exprimer la moindre sensibilité politique et sont dans l'obligation absolue de ne prêcher que des valeurs de fraternité et de tolérance, en incitant les fidèles à pratiquer le bien et à rejeter le mal.
Ce décret royal impose aux imams un principe de neutralité et d'impartialité qui garantit, à l'intérieur des mosquées, l'harmonie et la spiritualité.

Il rappelle, explicitement que :  
- "L'islam est un patrimoine collectif et personne n'a le droit de se l'approprier en exclusivité pour l'opposer aux autres."
- "Les partis politiques ne peuvent être fondés sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale, ou, d'une manière générale, sur toute base discriminatoire ou contraire aux Droits de l'Homme."
- "La croyance en Dieu ne doit pas être un sujet de discorde mais plutôt l'occasion où les âmes s'élèvent pour aimer Dieu et son prochain, loin des divisions et des conflits d'intérêts que peuvent introduire la politique et les affrontements des groupes dans leur quête du pouvoir."

On assiste ici tout simplement à la séparation de la religion et de la politique, chose qui était totalement inconcevable dans un pays musulman.
Par son action, Mohammed VI ouvre les portes du Maroc à laïcité.
Alors que le roi doit composer avec un gouvernement islamiste, plus ou moins modéré, on peut imaginer la puissance du message qu'il a envoyé à ceux qui seraient tentés d'emprunter des chemins obscures, où règneraient le sectarisme primaire.
Mohammed VI vient donc de porter un coup très dur à ces prétendus religieux, toujours plus nombreux, qui, sous le couvert de l'islam, prônent la haine et la guerre sainte afin de favoriser l'avancée d'une doctrine moyenâgeuse.
Et dans une période où le radicalisme et le fanatisme religieux gagnent chaque jour un peu plus de terrain, il faut apprécier, à sa juste valeur, le courage d'un roi qui n'a pas l'intention de laisser son pays aux mains d'intégristes qui n'ont plus leur place dans la société marocaine.
Sans doute assistons-nous à l'émergence d'un Maroc démocratique, prônant un islam moderne, véritablement en avance sur son temps.
Pour réaliser cet objectif, le Maroc dispose de nombreux jeunes imams formés dans des écoles sérieuses et de haut niveau.
Ces dernières inculquent un mode de pensée qui tend vers la tolérance et le respect des différences.
Lorsque l'on sait que le ministère des Affaires Islamiques a décrété que pour prétendre à la fonction d'imam, il fallait avoir moins de 45 ans, on ose espérer que les vieux prêcheurs aux idées rétrogrades n'auront que très peu de capacité de nuisance.

Cependant, malgré la portée immense de ce décret royal sur tout le pays, il convient de demeurer prudent et de ne pas s'enflammer.
Même si la majorité des marocains approuve la réforme entreprise par son monarque, la branche dure des islamistes ne l'entend sans doute pas de cette oreille.
Les prochains mois nous apporteront quelques éclaircissements, en nous indiquant comment les intégristes locaux, dont le nombre et l'influence ne sont pas négligeables, auront digéré la réforme royale.

Aussi, au niveau du monde musulman, des questions importantes méritent d'être posées. 
- Quelles sont les valeurs que peut véhiculer une telle réforme face au fanatisme religieux ?
- Dans quelle mesure Mohammed VI ne risque pas d'être considéré comme un ennemi de l’islam par certains esprits dégénérés et par quelques états arriérés ?
- Comment sont réellement perçues ces réformes par les autres pays du Maghreb et les différents états du Moyen-Orient ? 

Il est bien évident que si la décision de Mohammed VI de mettre de l'ordre dans le statut des imams était montrée en exemple dans un certain nombre de pays musulmans, au-delà de l'aura dont bénéficierait le roi du Maroc, on assisterait à une transformation culturelle sans précédent dans l'histoire de l'islam.

Quant à la France qui se trouve de plus en plus aux prises avec l'intégrisme religieux et qui paraît plus que jamais désarmée face au fanatisme, trop embourbée dans la bien-pensance, au nom de la liberté de conscience et des lois républicaines sensées protéger les citoyens, elle a incontestablement des leçons fondamentales à tirer des réformes salvatrices de Mohammed VI.
L'exemple de ces réformes sur le statut des imams s'impose assurément dans l’hexagone, en y adoptant en plus un concept spécifiquement français.
Il est urgent de recadrer rigoureusement la fonction des imams en France, où 80 à 90% d'entre eux sont d'origine étrangère.
La plupart est formé dans les pays du Maghreb ou, beaucoup plus grave, dans la péninsule arabique, dont on connait la totale absence de respect en matière de tolérance religieuse.
De nombreux prêches, dans les mosquées de France, sont délivrés en arabe alors que la communauté musulmane du pays, dans son écrasante majorité, est francophone.
Une formation en France des imams qui prêchent sur le territoire national, est donc primordiale.
Devant la poussée de l'intégrisme religieux, l'application d'un "islam de France" apparaît comme une évidence, tout en préservant les traditions séculaires de cette religion.
Cela passe par une formation obligatoire sur la pratique de la langue française, sur la connaissance de l'histoire du pays, de ses traditions et de ses lois.
Il est essentiel que les imams prêchant en France soient reconnus et agréés officiellement par les pouvoirs publiques, afin de s'assurer qu'ils ne véhiculent que des messages conformes aux valeurs républicaines.
Ceux qui contreviendraient au règlement doivent être expulsés sans recours possible s'ils sont étrangers, ou interdit temporairement, voire définitivement de prêcher s'ils sont français.
A l'image d'un curé, d'un pasteur ou d'un rabbin, l'imam doit s'intégrer au sein de la société française avant de prétendre rapporter la parole de Dieu auprès des fidèles.

A l'exemple du roi du Maroc, l'heure est venue d'avoir le courage d'entreprendre des réformes, pour le bien et la sécurité du pays, dans le respect des différences de chacun.
Alors que la laïcité, peu à peu, prend forme au Maroc, celle-ci, en France, doit être à tout prix préservée pour ne pas devenir, à terme, un mot dénué de sens dans le pays qui en a élaboré les principes en 1905.