mercredi 30 avril 2014

Le quatrième mandat de Bouteflika : Une parodie d'élection à la sauce algérienne


Décidément, dans le domaine de la démocratie, l'Algérie n'aura pas fait grand chose de ses 50 années d'indépendance acquises dans la douleur et l'extrême violence.
Pendant des décennies, les principaux chefs survivants du FLNC qui ont combattu le colonialisme française, auront passé plus de temps à conter leur exploit, unique au monde, d'avoir perdu militairement une guerre tout en la gagnant politiquement, que de s'être réellement occupés des aspirations démocratiques du peuple algérien. 
Je ne m'aventurerai pas à dresser ici un bilan globalement pitoyable de ces 50 années dominées essentiellement par la violence, la corruption, la pauvreté et l'égo démesuré de quelques puissants barons du FLNC, pourris d'orgueil jusqu’à la moelle.
Cependant, la parodie d’élection présidentielle que viennent de vivre les algériens illustre, si besoin était, toute l'histoire post-coloniale d'un pays dont les dirigeants successifs auront souvent éprouvé plus d'amour pour le pouvoir pur et dur que pour le peuple dont ils ont conduit la destiné.
Tant de larmes, tant de sang, tant de morts pour parvenir à un résultat aussi pitoyable ?
La honte n'est assurément pas un sentiment éprouvé par les principaux responsables algériens.
Le peuple algérien aurait donc confié, avec plus de 81% de ses voix, son avenir à un type incapable de prononcer une phrase correctement, au regard vitreux et au discernement fortement altéré par un récent A.V.C.
La majorité des électeurs ayant une moyenne d'âge peu élevée aurait donc voté pour un vieillard malade, qui ne veut quitter le pouvoir qu'en tirant sa révérence au monde des vivants et dont la vraie place se situe dans une maison de repos, en soins intensifs, en attendant le grand voyage vers l'éternité.
Qui peut raisonnablement croire à une telle supercherie issue des caniveaux nauséabonds d'Alger ?
Bouteflika continuera donc, officiellement, de gouverner dans sa résidence médicalisée. 
Il s'appuiera pour cela sur son cercle familial et sur quelques fidèles qui se chargeront de faire tourner la "boutique".
Le nouveau gouvernement est la copie conforme du précédent, puisque les mêmes hommes ont été reconduits aux mêmes postes.
Magouilles, corruption et menaces se seront donc multipliées pendant ces dernières élections jouées d'avance, avant même que les premiers bulletins tombent dans les urnes.
Malgré tout, dans un message écrit et remis aux journalistes, Bouteflika préconise une révision de la constitution, prévoit d'accorder plus de place à l'opposition et de renforcer les droits de l'homme dans le pays.
On croit rêver !
En quinze ans de pouvoir, il ne lui ait jamais venu à l'idée de procéder à ce genre de réformes et subitement, pour les 5 ans à venir, son sectarisme savamment cultivé se trouve pénétré d'une lumière progressiste.
Lorsque l'on sait qu'aucun des hommes qui entourent Bouteflika n'a la moindre idée de ce que signifie le mot "démocratie", il y a fort à parier que la prétendue volonté d'un vieillard à bout de souffle ne pèsera pas bien lourd.
Il faut y voir ici une simple stratégie de communication pour tenter d'amadouer l’opposition et de tuer dans l’œuf une partie de ses revendications.
Pour ce qui concerne le principal opposant Ali Benflis, qui aurait obtenu 12% des voix, à 69 ans, si Bouteflika parvenait par miracle au terme de son mandat, il lui faudra attendre encore 5 ans pour espérer qu'une très hypothétique élection transparente le propulse au pouvoir.
On peut tout de même se demander où se trouve cette jeune génération de politiciens, dont le regard sur la société est plus éclairé, qui est censée plus proche du peuple algérien et donc plus à même de comprendre les aspirations d'une jeunesse dont les attentes et les espoirs sont immenses.
Malgré leur solide instruction dispensée dans les grandes écoles internationales, leur influence aura avoisiné le néant face au rouleau compresseur déployé par les sbires véreux de Bouteflika.
D'ailleurs, l'Union Européenne ne s'y est pas trompée quant à la validité de cette élection.
En se gardant bien de publier un communiqué de félicitations à l'endroit de Bouteflica, comme cela se fait habituellement, celle-ci a délivré un message sans ambiguïté, tout en jouant la carte de la prudence.
Une prudence essentiellement dictée par des considérations économiques.
En effet, l'UE est restée étrangement silencieuse sur les diverses violations des libertés publiques en Algérie.
Le fait que ce pays soit le troisième fournisseur de gaz de l'UE et que la crise avec la Russie, sur la question ukrainienne, menace les approvisionnements européens n'est certainement pas étranger à cette attitude.
Quant à l'avenir immédiat de l'Algérie, la déplorable image d'un homme terriblement affaibli, qui s'accroche désespérément au pouvoir, n'invite pas à l'optimisme.
Cette parodie d'élection ne permettra pas à l'Algérie de retrouver sa fierté perdue.
Dans ce nouveau quinquennat rempli d'incertitudes, on ne peut s'empêcher de se demander qui est réellement au pouvoir, qui prend véritablement les décisions.
Le peuple algérien assiste, sans réaction, à une gouvernance par procuration avec tous les aléas que cela engendre.
Le système politique algérien est aussi mal en point que son président.
Je l'ai déjà dit, les peuples ont les dirigeants et les systèmes politiques qu'ils méritent.
En se laissant manipuler, en renonçant à forcer son destin dans l'acceptation de l’inacceptable, le peuple algérien s'est soumis, avec déférence, au diktat d'un vieillard en fin de vie.
Qu'il en soit donc ainsi, mais que les algériens ne viennent pas se plaindre des malheurs qu'ils ont eux-mêmes avalisés par leur totale inertie.
Et je me demande qui est le plus coupable de cette situation, entre un Bouteflika protégé par sa clique de dinosaures corrompus d'un côté, et de l'autre un peuple qu'on a connu infiniment plus courageux.
Même Dieu aurait du mal à reconnaître les siens !