lundi 29 juillet 2013

Cécile Kyenge, une ministre italienne dans la spirale de la xénophobie


 
La ministre italienne de l'Intégration, Cécile Kyenge, originaire de la République Démocratique du Congo, ne s'attendait sans doute pas à vivre des moments aussi difficiles lorsqu'elle a été nommée à ce poste en avril dernier.
Première femme noire à accéder au rang de ministre en Italie, cette dernière est régulièrement devenue la cible de l'extrême droite et de groupuscules xénophobes qui deviennent de plus en plus influents dans le pays.
On ne compte plus les invectives racistes, les menaces et les chapelets de sobriquets proférés à l'encontre de Cécile Kyenge, à un tel point que le nombre de ses gardes du corps a été doublé afin d'assurer sa sécurité.
Devant l'émergence d'une racisme décomplexé en Italie, le courage qu'elle démontre pour maintenir le cap de ses idées politiques, que je n’approuve cependant en aucune manière, impose incontestablement le respect.
Cette dame reste d'une dignité exemplaire et ses réactions mesurées face à la haine d'une certaine caste politique sont admirables.
Je me demande cependant si en acceptant ce poste ministériel, cette dernière n'a pas sous-estimé l'ampleur du phénomène raciste en Italie.
Les nombreuses moqueries xénophobes dont sont victimes les joueurs de football de couleur dans les stades italiens et les évènements quotidiens de l’ile de Lampedousa qui voient chaque jour affluer de nombreux immigrants venus d'Afrique du Nord, sans qu'aucune solution ne puisse être trouvée, ont dû l'instruire sur l'immensité de la tâche qui l'attendait.
Dans cette Italie en proie à de nombreux problèmes économiques, son poste très exposé au ministère de l'Intégration ne pouvait que l'entraîner dans des difficultés presque insurmontables.
Cette nomination par le chef du gouvernement, Enrico Letta, s'avère donc peu à peu comme un cadeau empoisonné et laissera sans doute à Cécile Kyenge, des traces indélébiles.
Il est cependant regrettable qu'Enrico Letta, comme Cécile Kyenge, n'aient pas su attendre avant de tenter d'imposer des mesures qui divisent profondément la société italienne.
Leur manque de patience et certainement de discernement n'auront pas facilité les choses dans un pays où le délit d'incitation au racisme est interprété avec une grande légèreté.
Mais au delà des origines et de la couleur de peau de Cécile Kyenge, c'est d'abord son projet politique qui crée la polémique.
En désirant modifier les règles de citoyenneté pour instaurer le droit du sol, en donnant automatiquement la nationalité italienne à tous ceux qui sont nés dans le pays si leurs parents sont étrangers, la ministre de l'Intégration s'est attirée les foudres de nombreux hommes politiques de tout bord.
Il n'en fallait pas plus pour déclencher des comportements xénophobes d'une rare violence verbale.
Et ce ne sont pas les quelques réactions indignées et les nombreuses déclarations de soutien de son propre camp politique qui changeront quoi que ce soit à des dérives qui ne sont que très modérément sanctionnées en Italie.
Alors qu'en France en peut être poursuivi pour avoir affirmé de simples vérités sur l'origine de ceux qui sèment le trouble dans les quartiers sensibles, en Italie, un sénateur peut aisément comparer une ministre noire à un orang-outan, sans qu'aucune sanction ne soit prise à son encontre.
Un spectateur, soit disant non identifié, peut allégrement lancer, sur cette même ministre, des bananes sans qu'il soit interpelé.
Et on croit halluciner lorsque Enrico Letta, se contente, poliment, de demander au chef de la Ligue du nord de mettre fin aux attaques racistes venant de son parti.
Devant des faits qui constituent une page honteuse de l'histoire de l'Italie, on ne se contente pas de demander mais on exige en tapant du point sur la table. 
On menace et on s'active pour rechercher toutes les solutions donnant à la justice les moyens de prendre les mesures qui s'imposent.
On s’évertue à mettre en œuvre une batterie de sanctions dissuasives, applicables immédiatement et sans faiblesse.
En Italie, on peut se demander quelle limite est-il nécessaire de franchir pour considérer un acte comme xénophobe et prendre les dispositions punitives qui s'imposent.
La nature humaine étant ce qu'elle est, à savoir cruelle, impitoyable et ne respectant que la force, si des actions coercitives ne sont pas rapidement entreprises, il n'y aura bientôt plus de joueurs de football de couleur en Italie et encore moins de ministre à la peau noire.
Le pays de la mafia, devenant peu à peu terre de racisme institutionnel, à bien du souci à se faire pour préserver un semblant de cohésion sociale dans un environnement de crise économique majeure, où les actes xénophobes sont devenus monnaie courante.
Je ne partage en rien les idées de madame Kyenge.
Je suis contre son désir de régulariser les immigrés clandestins et plus encore, vigoureusement défavorable à son projet sur le droit du sol dont l'application, en France, a toujours été pour moi une monumentale erreur.
Pour un ressortissant de souche étrangère, obtenir une nationalité différente de ses origines ne doit pas être un droit mais un privilège qui se mérite et qui s’acquière par une demande volontaire, après étude du dossier.
La nationalité italienne ne doit donc pas devenir une nationalité au rabais et de complaisance comme la nationalité française ou américaine.
Si une société multi culturelle peut être une grande chance pour un pays, elle doit se battir dans la rigueur et l'équilibre, en s'assurant de la sincérité et de la volonté d'intégration de ceux qui prétendent souhaiter devenir italiens, français ou ressortissants d'un autre pays.
Cependant, si j'en avais le pouvoir, je me battrais pour que les idées de Cécile Kyenge soient démocratiquement débattues dans un climat plus propice au dialogue et dénué de tout acte xénophobe qui donne une image déplorable de l'Italie.
Je souhaite sincèrement que Cécile Kyenge continue de s'accrocher à son poste ministériel et qu'elle parvienne à trouver les moyens d'apaiser les tensions dans son pays, mais sa tâche est et restera extrêmement compliquée.
Il lui faut donc se montrer prudente, plus clairvoyante afin d'éviter que certaines de ses idées, divisent trop profondément la société italienne.
L'intégration ne doit pas mener à la division.
Il deviendra à l'avenir de plus en plus difficile d'imposer aux peuples européens, à coups de textes de lois, des décisions rejetées par une frange importante de la population.
Sans doute que l'Europe devrait s'inspirer un peu plus souvent de l'exemple suisse où les référendums sont un mode courant d'évolution de la société et démontrent, par la même occasion, que la vraie démocratie est celle où les peuples décident eux-mêmes de ce qui est bon ou mauvais pour eux.
L'organisation d'un référendum sur le droit du sol en Italie, au regard de la sensibilité extrême du sujet, ramènerait sans nul doute plus de sérénité dans le paysage politique.
Lorsqu'on souhaite le changement social et culturel d'un grand pays comme l'Italie pour les décennies à venir, il me parait fondamental de demander directement son avis au peuple.
Certaines réformes sont trop sensibles pour en confier uniquement la responsabilité aux politiques, souvent en décalage totale avec les réalités quotidiennes de leurs concitoyens.