dimanche 23 juin 2013

L'Eglise et la Franc-maçonnerie : Dans la lumière de deux philosophies antinomiques




 









 



  
En démettant de ses fonctions le père Vesin, curé de la paroisse de Megève, en Haute-Savoie, pour son appartenance à la Franc-maçonnerie, l'Eglise a replacé en pleine lumière ses rivalités ancestrales avec la fraternité des "frères trois points".
Pour le Vatican, cette double appartenance est moralement et philosophiquement inacceptable.
Dans une lettre expliquant la décision de l'Eglise, le diocèse d'Annecy a indiqué que : "le fait d'adhérer à la Franc-maçonnerie met en cause les fondements de l'existence chrétienne".
Dénoncé par un courrier anonyme parvenu au diocèse d'Annecy en 2010, le père Vesin avant sa destitution, s'est vu demander par l'Eglise de quitter la Franc-maçonnerie pour se consacrer uniquement à son ministère de prêtre.
Mais le curé de Megève a opposé à cette demande sa "liberté absolue de conscience".
Et l'Eglise, après plusieurs tentatives de conciliation, a donc pris sa décision qui, toutefois, n'est pas encore irréversible.
En effet, la peine dite "médicinale" peut être levée si le père Vesin venait à manifester clairement sa décision de se consacrer uniquement à l'Eglise.

Puisque cette affaire a récemment fait la une de l'actualité, il me paraît opportun de profiter de l'occasion pour tenter de comprendre les raisons pour lesquelles il existe un tel antagonisme entre l'Eglise et la Franc-maçonnerie, alors que de très nombreux chrétiens catholiques vivent harmonieusement leur choix de suivre simultanément ces deux enseignements philosophiques que tout semble opposer.
La question principale qui se pose donc, est de savoir si on peut être catholique et franc-maçon.
Si du côté de la Franc-maçonnerie, cette dualité n'a jamais posé le moindre problème, la liberté absolue de conscience demeurant une prérogative inaliénable, il en est tout autrement au sein de l'Eglise romaine.
Pour l'Eglise, il existe une forte incompatibilité entre la foi catholique et l'appartenance à la Franc-maçonnerie, cette dernière étant accusée d'exercer des activités subversives en propageant des idées philosophiques et morales contraires à la doctrine ecclésiastique.
Les catholiques qui appartiennent donc à une loge maçonnique sont considérés comme en état de péché grave et ne doivent en aucune manière accéder à la Sainte Communion.
L'Eglise est donc catégorique : Il ne saurait y avoir le moindre lien entre un catholique et la Franc-Maçonnerie.
Mais quelles sont donc ces idées philosophiques et morales prônées par la Franc-maçonnerie qui seraient contraires à l'enseignement de l'Eglise et qui mettraient en cause les fondements de l'existence chrétienne ?
Contrairement à l'Eglise qui affirme que Jésus est le seul Chemin, la Vérité et la Vie, la Franc-maçonnerie nie toute connaissance objective de la vérité. 
Pour celle-ci, il n'y a ni vérité définitive, ni vérité universelle. 
Pour la Franc-maçonnerie, il convient de rechercher sa propre vérité dans un cheminement personnel, en apprenant à se connaître soi même, dans un univers d'hommes libres, dirigé par son propre ressenti mais soumis à aucun dogme. 
En toute chose, c'est l'autonomie de la raison et de la nature humaine qui garde tout pouvoir et qui reste souveraine face à tout dogme où à toute vérité révélée et imposée.
C'est pourquoi, la Franc-maçonnerie tient à ce concept particulier qui déplaît tant à l'Eglise : "la liberté absolue de conscience".
Or, en encourageant cette conception de la vie, la Franc-maçonnerie, qui ne reconnaît la présence d'aucun Dieu en tant qu'Etre personnifié, mais qui conçoit l'existence d'un Grand Architecte de l'Univers, créateur du cosmos, permettant à tout homme, de différentes confessions religieuses, d'introduire sa propre représentation de Dieu, se trouve en contradiction totale avec la philosophie intrinsèque de l'Eglise.
La Franc-maçonnerie a toujours évité toute position dogmatique qui vise à exercer une contrainte sur la foi alors que la doctrine séculaire de l'Eglise impose une vérité unique, indiscutable et absolue sur l'existence d'un Dieu à l'origine de tout, représenté par son fils Jésus-Christ, créé à l'image de l'homme.
Pour l'Eglise, la revendication par la Franc-maçonnerie de cette "liberté absolue de conscience" est une forme de doctrine relativiste insupportable qui s'imposerait progressivement à l'insu même des maçons.
D'autre part, le fameux secret maçonnique, qui inspire tant de fantasmes, a toujours été âprement rejeté par l'Eglise. 
Cette dernière pense que ce secret porte gravement atteinte à la dignité de la personne humaine, empêchant l'homme de s'engager consciemment et librement.
Pour l'Eglise, le fait qu'un franc-maçon ne doit jamais révéler à un profane l'identité de ses frères, qu'il lui soit interdit de divulguer le contenu des travaux auxquels il a pris part dans sa loge, qu'il ne peut faire connaître à ses frères de grades inférieurs les mots de passe, les signes ou les symboles propres à son grade, induit une dimension occulte extrêmement inquiétante d'un ordre qui ne serait finalement qu'une superposition de loges secrètes.
Enfin, autre secret qui ne peut être dévoilé, l'initiation maçonnique, censée conduire à une révélation illuminant celui qui en est l’objet, au fur et à mesure qu'il avance sur la voie de la connaissance, est considérée comme douteuse, dangereuse, se rapprochant plus d'une secte que d'une alliance dite universelle.

Il y a donc deux cultures qui s'opposent : l’une fondée sur l’Evangile où la vérité est révélée à tous, et l’autre sur une tradition historique occulte, où la vérité est multiple et relative, dans un univers où secrets et discrétion se confondent. 
Ces différents courants de pensée, qui divisent l'Eglise et la Franc-maçonnerie, semblent donc inconciliables à l'heure où la pression imposée par la société exige une évolution permanente des diverses doctrines religieuses et associatives.
Le monde change et les hommes évoluent au fil de l'histoire et du temps.
En ce troisième millénaire, je pense que l'Eglise et la Franc-maçonnerie doivent impérativement avancer en tenant compte des aspirations de la société moderne.
Si leur enseignement respectif diverge profondément sur le rôle accordé à Dieu et à la Vérité, cela ne signifie pas que l'un doit rejeter l'autre et le traiter en ennemi.
Aussi, peu de personnes savent que dans ses loges, la Franc-maçonnerie utilise plusieurs références à la religion chrétienne.
Nombre de nouveaux maçons ont prêté serment sur la Bible qui, dans de nombreux travaux en loge reste ouverte à l’Evangile selon Saint-Jean. 
Saint-Jean, l'apôtre, l'évangéliste, que les francs-maçons considèrent comme leur Patron.

L'Eglise doit accepter qu'elle ne détient pas seule la vérité mais une vérité parmi d'autres.
Elle doit s'ouvrir aux idées différentes et nouvelles, en évitant de cultiver ce concept de la pensée unique qui impose des dogmes à ses fidèles.
Elle ne peut plus refuser indéfiniment le modernisme et les changements de mentalité de l'homme en restant en marge de son évolution.
Celle-ci doit intégrer avec plus de ferveur ces mots qui, souvent, lui sont difficiles à concevoir avec sérénité, la "différence" et la "tolérance".
Alors que les catholiques pratiquants sont de moins en moins nombreux, que le métier de prête se perd et n'attire plus, il serait temps enfin que l'Eglise ait la volonté et le courage de procéder à son auto-critique et de reconnaître, humblement, que le refus d'accepter les idées progressistes sont la cause principale du désintérêt certain d'une couche importante des diverses populations de par le monde.
Si l'Eglise veut continuer de traverser le temps, elle doit cesser d'imposer, coûte que coûte, un mode de pensée qui ne s'harmonise plus avec les réalités du présent et qui s'inscrit en total décalage avec l'avenir.
Elle doit être capable, avec l'aide des hommes plus ou moins jeunes qui sont aux responsabilités en son sein, de modeler ses traditions et sa vérité avec les exigences de notre époque.
Sans ce travail de remise en question, le déclin constaté de l'Eglise continuera de croître pour s'aggraver dangereusement au profit d'autres religions dont la partie extrémiste, chaque jour plus importante, prône la conquête du monde par la force.
Le jour où l'Eglise ne sera plus en mesure de contrebalancer ces puissances conquérantes et guerrières qui utilisent Dieu à tort et à travers pour imposer leur autorité, par la violence si nécessaire, alors il en sera fini du monde chrétien.
La responsabilité de l'Eglise est donc colossale pour sauvegarder des valeurs qui unissent des centaines de millions d'hommes et de femmes dont, et oui, fait partie une écrasante majorité de franc-maçons.

Quant à la Franc-maçonnerie du 21ème siècle, elle doit prendre conscience que l'époque où ses membres étaient impitoyablement pourchassés et martyrisés est révolue.
Celle-ci, en refusant de communiquer plus ouvertement avec le monde extérieur, encourage l'entretien de nombreux clichés qui lui sont défavorables.
Elle est directement responsable de ce côté obscur, donc négatif, qui demeure solidement attaché à son image.
En maintenant une discrétion qui confine, dans certaines parties du monde, à la paranoïa, elle donne à ses nombreux détracteurs toutes les armes pour la dénigrer.
Les incessantes dénégations dont elle est l'objet et le comportement scandaleux de certains de ses membres, nourrissent inévitablement cette réputation affairiste, voire mafiosiste que lui donnent de très nombreux profanes.
La Franc-maçonnerie doit s'attacher à communiquer au monde tous les principes et les valeurs qu'elle prétend véhiculer dans ses temples pour l'amélioration de l'humanité.
Il lui faut montrer, au citoyen lambda, qu'elle peut agir efficacement pour le bien de la société, dans le désintéressement le plus total.
Elle doit travailler à plus de transparence pour mieux se faire connaître et donc, forcément, pour être mieux acceptée et appréciée par l'opinion publique.
Tout ce qui est mystérieux a toujours suscité chez l'homme fantasmes et effroi.
Elle ne peut pas continuer indéfiniment, à notre époque moderne, de se contenter de regretter les médisances à son égard, tout en refusant un dialogue ouvert et sincère avec la société, alors qu'elle y est pleinement intégrée et qu'elle est souvent l'initiatrice des grandes décisions, bonnes ou mauvaises, prises dans le monde.
Et comme souvent, l'exemple à suivre provient des États-Unis où la Franc-maçonnerie, là-bas, a pignon sur rue et entretient de ce fait des relations plus apaisées avec la société.

Ce n'est sans doute pas demain, que l'Eglise et la Franc-maçonnerie trouveront les clés qui permettront l'ouverture d'un débat constructif entre ces deux philosophies de vie, le monde ecclésiastique n'étant pas encore disposé à œuvrer dans ce sens.
Mais il est du devoir des quelques millions de francs-maçons chrétiens dans le monde de toujours maintenir un lien étroit avec l'Eglise, malgré elle, même si cette attache prend souvent des chemins minés par l’incompréhension mutuelle.
Des dangers infiniment plus graves que la philosophie maçonnique menacent les fondements de la chrétienté.
Aussi, pour sa pérennité, il serait plus prudent que l'Eglise ne se trompe pas de cible et n'oublie jamais que les francs-maçons sont les descendants modernes des bâtisseurs de cathédrales dans lesquelles elle transmet la parole du Christ.

J'achèverai ce long article en évoquant l'avenir du père Vesin.
Même s'il a trouvé en Franc-maçonnerie l'essence même d'un renouveau philosophique qui interpelle l'esprit et l'imagination, il ne doit pas oublier que c'est l'Eglise qui a occupé entièrement sa vie quotidienne pendant de longues années.
Si la franc-maçonnerie peut, éventuellement, s'avérer d'une aide précieuse dans la vision philosophique de la vie, nul ne saurait lui sacrifier son emploi et les valeurs du travail dans la société.
Un grand homme disparu voici 5 ans et qui a œuvré énergiquement pour entretenir le dialogue entre l'Eglise et la Franc-maçonnerie disait ceci :
"L'homme est le point de départ de toute chose et de toute connaissance, il est sa propre référence. Seul aujourd'hui, il peut dire ce qui est bon pour l'homme".
Je ne crois pas un seul instant que sacrifier l'Eglise à la Franc-maçonnerie soit une décision lucide et avisée.
Le père Vesin doit comprendre que sa référence principale demeure et doit rester essentiellement à l'intérieur de la société dans laquelle il garde ses repères les plus importants pour poursuivre son cheminement individuel.
Le père Vesin sera bien plus utile aux fidèles de l'Eglise qu'à ses frères maçons. 
La "liberté absolue de conscience" ne doit jamais entraver la raison.

lundi 10 juin 2013

Lorsque des maires frondeurs refusent de célébrer les mariages gays.


 
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, risque de connaître prochainement quelques soucis avec plusieurs maires qui, malgré la loi en vigueur, continuent de refuser de célébrer les mariages gays.

Il convient de rappeler que la loi Républicaine doit s'appliquer partout en France et que les maires réfractaires s'exposent à des sanctions s'ils persistent à ne pas s'y soumettre.
Ces sanctions peuvent être lourdes puisque le peine encourue, en plus de la révocation, est 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.
Les maires frondeurs invoquent leur liberté de conscience, oubliant par la même occasion qu'ils sont des représentants de l'état sous l'autorité du procureur de la République.
De ce fait, quelque soit leur opinion, ils ont l'obligation de respecter la loi en vigueur et d'en appliquer tous les principes.
Certains d'entre eux affirment, à qui veut l'entendre, qu'une loi peut être légalement votée mais néanmoins demeurer illégitime.
Cela est faire fi, avec beaucoup de légèreté et bien peu de respect, de la décision du conseil Constitutionnel qui a validé la loi sur le mariage pour tous, votée par l'Assemblée nationale.
On ne peut pas se prétendre des démocrates et décréter illégitime des lois votées et validées par les plus hautes instances d'une démocratie unanimement reconnue.
Si on permet aux maires de bafouer les lois légalement promulguées, on ouvre une porte qui mène irrémédiablement vers des chemins dangereux, portant inévitablement atteinte à la crédibilité de la République et, en l’occurrence, à la démocratie.
Cela est inacceptable.

Cependant, au regard de l'extrême sensibilité de ce sujet qui continue de diviser profondément la société française, je ne crois pas que la politique de la sanction systématique doit prévaloir sans qu'on ait tenté de trouver, au préalable, une solution pour parvenir à résoudre le litige.
S'il ne me semble pas opportun de reconnaître une quelconque close de conscience aux maires frondeurs, close qui risquerait de créer un précédent, il serait souhaitable, en plus des maires adjoints, d'élargir le pouvoir de déléguer la célébration d'un mariage gay à d'autres collaborateurs d'une mairie.
En effet, si on a estimé que la société devait évoluer en permettant légalement aux homosexuels de se marier, pourquoi n'accepterait-on pas que des agents de mairies, dûment désignés par les maires pour les représenter, aient la charge de célébrer un mariage qu'il soit gay ou non ?
           
Dans un but de pure tolérance et dans un souci de maintenir la société en phase avec l'évolution des mœurs, j'ai toujours exprimé mon accord pour le mariage pour tous.
Je maintiens encore aujourd'hui ce choix parce que je continue de croire que, quels que soient les problèmes de conscience qui nous animent, nous ne devons pas nous enfermer dans des idées fondées uniquement sur des traditions ancestrales.
Le monde évolue, et je pense que les traditions, même les plus sacrées, doivent suivre cette évolution en s'ouvrant sur des idées nouvelles ou réformées.
N'est-ce pas ainsi que nous sommes passés du Moyen Age à l'époque industrielle et à l'ère de la technologie ?
Je mentirais néanmoins si j'affirmais que le premier mariage gay, tellement médiatisé, comme pour provoquer ceux qui y étaient opposés, n'a pas interpellé ma conscience.
Je n'ai éprouvé aucune satisfaction à voir deux hommes s'unir par les liens du mariage et j'ai même honnêtement ressenti, malgré moi, un certain malaise à les observer s'embrasser.
Il me faudra sûrement beaucoup de temps avant de considérer, exactement de la même manière, un couple marié hétérosexuel et un couple marié homosexuel.
Il ne s'agit pas ici d'homophobie de ma part mais d'un besoin intellectuel de parvenir à une parfaite harmonisation de mes sentiments en la matière, et cela demande de laisser de l'eau couler sous les ponts.
Le mariage d'un homme et d'une femme sera toujours pour moi celui qui se rapproche le plus de l'idéal amoureux qui génère les fondements d'une véritable famille.
Je ne me reconnais pas et je ne me reconnaîtrai jamais dans un couple homosexuel marié.
Mais cela ne m'a pas conduit et ne me conduira pas à me prononcer contre le mariage gay, malgré ma sensibilité personnelle.
Mes propres considérations ne sauraient se substituer à la nécessite de permettre à la société de poursuivre son évolution, en cohérence avec les individus qui la composent.
C'est la raison pour laquelle, si je peux comprendre le problème de conscience éprouvé par certains maires de France, je ne saurais les soutenir dans leur volonté de faire barrage à cette loi Républicaine.
Si des solutions sont trouvées par l'état pour permettre à ces maires d'éviter physiquement, de célébrer un mariage gay dans leur propre mairie, leur sentiment personnel sur le sujet ne doit aucunement occulter leur sens du devoir.
Il leur appartiendra alors de s'assurer, par l'intermédiaire de leurs éventuels représentants désignés, qu'il n'y ait aucune différence perceptible de traitement entre le mariage d'un couple hétérosexuel et celui d'un couple homosexuel.
Mais quoi qu'il en soit, leur responsabilité se trouve totalement engagée quant au bon déroulement des mariages homosexuels, qu'ils les célèbrent ou qu'ils délèguent leur pouvoir.
L'autorité doit toujours rester à l'Etat qu'ils représentent et ce, quelque soit leur sensibilité sur tel ou tel problème de société.

Quant à ceux dont les convictions ne peuvent s'accoutumer à l'idée de célébrer un mariage gay dans leur mairie, si aucune solution satisfaisante n'est trouvée, il leur appartiendra d'en tirer toutes les leçons et de remettre leur démission avant que les sanctions prévues par la loi soient appliquées dans toute leur rigueur.
Les maires sont des citoyens comme tout le monde et leurs fonctions imposent qu'ils montrent l'exemple à leurs administrés, en respectant scrupuleusement les lois promulguées par un état de droit comme le nôtre.