vendredi 27 juillet 2012

La rafle du Vel' d'Hiv : Un crime français



En reconnaissant officiellement la responsabilité de la France lors de la rafle du Vel' d’Hiv et en qualifiant cet acte  de "crime commis en France par la France", le Président François Hollande à mis un terme définitif à un tabou vieux de 70 ans.
Il rompt, par la même occasion, avec l’attitude ambiguë du général De Gaulle et de François Mitterrand qui ont vécu cette triste époque et qui ont toujours refusé les responsabilités françaises dans ce drame, estimant qu'il n'y avait eu durant l'occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre.
Avant François Hollande, en 1995, le Président Jacques Chirac avait ouvert la voie en reconnaissant la responsabilité directe de la France dans ce drame, trop longtemps passé sous silence, mais pas avec autant d'acuité dans les termes, ni de solennité.
Au cours de cette sinistre période qui a gravement souillé l’histoire de France, en juillet 1942, ce sont près de 13 000 juifs, dont 4 000 enfants, qui ont été arrêtés en 48 heures chez eux, à Paris et en banlieue, par 9 000 policiers et gendarmes français.
Ceux-ci ont été regroupés essentiellement au Vélodrome d’Hiver à Paris mais également à Drancy, Compiègne, Beaune-la-Rolande et à Pithiviers avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis, principalement à Auschwitz.
Il est donc bon aujourd’hui, alors qu’avec le temps, les passions se sont somme toute apaisées, qu’un second chef d’état français admette de manière très officielle, et sans aucune réserve ni nuance, que le pays de Voltaire a commis par le passé, même indirectement, un crime contre l’humanité en permettant aux nazis d’exercer leurs basses besognes.
Mais ce crime perpétré par l'état français de Vichy l’a été également contre la France entière contre ses valeurs, ses traditions d'accueil et de protection les plus nobles.
Certains politiques français se sont vivement élevés contre cette reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel' d’Hiv en déclarant que la vraie France n'était pas à Vichy mais à Londres.
On ne peut pas continuer en 2012, de refouler dans les bas fonds de sa conscience, la dramatique réalité de l’époque la plus noire de toute l’histoire de France, sous prétexte que cette période ne corresponde pas à l'image que l'on souhaiterait donné du pays.
En 1942, il y avait effectivement deux France rigoureusement opposées
Celle de la collaboration et de la trahison, à Vichy, représentée par Pétain et Laval.
Celle de la résistance et du refus de plier, à Londres, portée par le Général De Gaulle.
Il est naturellement concevable de penser que le gouvernement de Vichy ne représentait pas toute la France, mais il n'est plus possible d'ignorer que celui-ci a agi au nom de l'état français qui était le seul en fonction sur le territoire national.
Faut-il rappeler que plusieurs centaines de milliers de français ont totalement approuvé la doctrine du gouvernement de Vichy et que beaucoup d'entre eux se sont largement employés à dénoncer les juifs, qui étaient leurs voisins et parfois leurs amis ?
De nombreux français ont appliqué, sans se faire prier, la politique de collaboration de Vichy et ce, jusqu’en 1944.
Or, ceci ne peut continuer d'être passé sous silence sous prétexte que d'autres français ne se sont jamais départis du sens de l'honneur en refusant viscéralement la collaboration avec l'Allemagne.
Il me paraît cependant nécessaire de se remettre dans le contexte de l’époque afin de mieux modérer son jugement et d'expliquer cette adhésion massive au gouvernement de Vichy.
Pétain était véritablement adulé par l’écrasante majorité des français de tous les horizons car dans la mémoire collective, il était le vainqueur de Verdun, celui qui en 1916 a galvanisé les troupes françaises, au bord de la rupture, avec des discours très forts, appelant à la résistance acharnée contre les allemands, à ne pas lâcher un seul mètre de terrain et ce, jusqu'à la mort.
Pétain était pour le peuple français le symbole par excellence de cette résistance inébranlable face à l’ennemi qui, écœuré, a fini par rompre le combat.
De tels évènements étaient solidement enracinés dans les esprits et de très nombreux français, sonnés par la débâcle de 1940, pensaient sincèrement que la politique de Pétain, à qui ils vouaient une confiance aveugle, visait à endormir les allemands, pour gagner du temps et trouver les moyens de reprendre le combat.
Comment pouvait-il en être autrement de la part d'un immense héros national ?
Et lorsque le régime de Vichy s’est évertué à accuser les juifs de tous les malheurs du pays, il n’y avait à l’époque aucune raison de croire le contraire puisque c’était Pétain en personne et les responsables politiques qu’il avait choisis pour le seconder qui l’affirmaient haut et fort.
La désillusion ne viendra qu’en 1944, où de nombreux français comprendront enfin qu’ils ont été abusés par un vieillard sénile dont la réputation de héros s'est transformée au fil des mois en collaborateur de l'Allemagne nazie.
Je ne cherche pas ici à excuser des comportements criminels mais à comprendre les raisons pour lesquelles beaucoup de gens ont adhéré au départ à la politique du régime de Vichy.
Nombre d'entre eux se sont honnêtement trompés et ont fini par s'éloigner du régime en place mais d’autres ont suivi Pétain, malgré tout, jusqu’aux dernières heures de la guerre.
Et dire encore aujourd’hui que le gouvernement de Vichy ne représentait pas la France, c'est s'inscrire dans une logique de déni qui est en faite de la pure démagogie politicienne.
Ce régime représentait une partie importante de la France qui a œuvré en acceptant une collaboration systématique avec les bourreaux nazis.
Ceux qui ont refusé cette capitulation et qui soutenaient la France libre, malgré leur immense courage et le combat pour la liberté qu'ils ont livré, ne feront jamais oublier l'épisode funeste de la rafle du Vel' d'Hiv et les responsabilités françaises dans ce drame.
Si certains hommes politiques ne sont pas suffisamment lucides, 70 ans après les faits, pour reconnaître humblement qu’un état Français s’est montré complice des crimes nazis, sans doute feraient-ils bien de revoir les livres d'histoire pour mieux s'imprégner des évènements douloureux qui ont jalonné cette terrible période, qui aura constitué une véritable injure au passé de leur pays et un déshonneur qu'il ne sera jamais possible d'effacer.
Bien sûr, cette nouvelle reconnaissance des responsabilités françaises dans ce drame par un président de la République ne changera pas le cours de l’histoire.
On ne refait pas le passé mais en y dénonçant les égarements criminels d’un gouvernement à la botte du nazisme, dont les couleurs du drapeau national étaient le bleu, le blanc et le rouge, en acceptant la vérité au nom de la nation et en hommage aux nombreuses victimes, on permet ainsi à tout un peuple, de grandir.
On l'invite à mieux connaître son histoire afin qu'il en maîtrise mieux le contenu qui, parfois, s'est inscrit du sceau de l'infamie.
Le devoir de mémoire ne consiste pas seulement à se souvenir mais aussi à reconnaître les fautes commises, pour essayer de ne jamais les renouveler.
C'est en faisant face à son passé, même douloureux et cruel qu'un pays avance et acquiert le pardon de ceux qui ont injustement souffert.

samedi 7 juillet 2012

Mali : La terreur islamique au nom de Dieu



Alors que les Nations Unies et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) continuent d'hésiter sur la stratégie à adopter pour s'opposer aux groupes armés islamistes chapeautés par Ansar Eddine et Aqmi dans le Nord-Mali, les nouveaux talibans de l'Afrique poursuivent, dans la ville mythique de Tombouctou, leur œuvre de destruction systématique des mausolées des saints de l’islam et autres trésors culturels de la région.
Leur folie dévastatrice, guidée par un obscurantisme effréné, datant du moyen-âge, ne trouve plus aucune limite.
Les populations dont les villes ont été envahies par ces immondes barbares, sont martyrisées et leurs droits les plus élémentaires bafoués au nom d'une impitoyable charia imposée par la loi des armes.
Mais le fait le plus grave, qui va conditionner l'avenir à moyen terme du continent africain, est l’incrustation progressive d'un immense sanctuaire du terrorisme islamique qui, au nom d'un prétendu dieu, se prépare peu à peu à régner en maître absolu sur des régions entières afin de propager, dans le monde, par la terreur, sa doctrine infâme.
Et chaque jour qui passe rend plus fort ces groupuscules, lourdement armés, qui ont parfaitement su profiter de l'instabilité du Mali pour s'emparer du nord du pays, au détriment même de leurs alliés touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) qui se battaient pour gagner leur indépendance.
La plupart des états africains est aujourd'hui convaincue qu'une intervention militaire s'impose désormais pour tenter de mettre un terme définitif à l'invasion islamique dans la région.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté jeudi dernier, à l'unanimité, une résolution qui soutient les efforts de la CEDEAO et de la communauté africaine pour trouver une issue à la crise et laisse donc la porte ouverte à une éventuelle intervention militaire.
Mais rien de précis n'a été foncièrement décidé et la politique de l'attentisme semble donc de rigueur au sein d'une communauté internationale désemparée devant une situation de moins en moins maîtrisable.
Effectivement, comment se positionner politiquement alors qu'il y a d'un côté, à Bamako, un gouvernement malien de transition, illégitime car issu d'un coup d'état, et de l'autre des islamistes extrêmement déterminés, à la cruauté avérée, qui sont parvenus à évincer facilement les rebelles touaregs du MNLA pour s'approprier le Nord-Mali ?
Pourtant, au regard de la gravité de la situation, endiguer les réseaux islamistes au Nord-Mali constitue une priorité stratégique quasi absolue.
Il parait donc urgent d'agir rapidement pour stopper, coûte que coûte, cette avancée de l’obscurantisme qui ne menace pas seulement toute une région du continent africain mais également les intérêts et la sécurité des pays occidentaux.
Faut-il rappeler qu'Aqmi considère l'Europe, et la France en particulier, comme ses principaux ennemis ?
Il est nécessaire de reconnaître cependant qu'une intervention militaire de la CEDEAO, qui devrait être soutenue logistiquement par la France et les Etats-Unis, avec l'accord de l'ONU, peut entraîner une régionalisation du conflit.
En effet, tous les états voisins du Mali abritent des communautés touaregs dont le désir d'indépendance est plus fort que jamais depuis que l'armée malienne a été boutée piteusement hors de la région.
Une action militaire qui remettrait donc en question la volonté d'indépendance touareg dans le Nord-Mali, serait source d'une nouvelle rébellion dont l'ampleur et les conséquences ne peuvent être véritablement mesurées.
Il est bien évident qu'il ne s'agit pas de déclencher une guerre contre le peuple touareg mais de chasser les islamistes radicaux qui représentent tout ce qu'il y a de plus innommable dans la nature humaine.
Alors que les touaregs sont désormais eux mêmes victimes des bandes islamistes qui, contre leur gré, ont pris possession de l'ensemble du Nord-Mali, peut-être serait-il bon de rechercher directement avec le MNLA des solutions qui permettraient à une intervention militaire extérieure de se réaliser dans l'unique but de mettre hors d'état de nuire ces bandes armées qui sèment la terreur.
Je n'oublie pas l'Algérie qui a un rôle majeur à jouer dans cette crise, celle-ci ayant une frontière commune de 1 300 kilomètres avec le Mali et disposant d'une expérience longue et douloureuse des islamistes qui ont longtemps ensanglanté son territoire.
Mais la frilosité déconcertante de l'Algérie dans le conflit du Nord-Mali, où dans l'éventualité d'une intervention étrangère,  elle semble plus préoccupée par la préservation de son influence dans la zone que par le danger que représentent les groupes islamiques, n'est pas du meilleur effet et incite à la prudence, voire à la méfiance.
L'heure n'est plus aux tergiversations interminables, constituées de mesquineries de bas étages et de d'orgueil démesuré où seule prime la sauvegarde des zones d'influence, mais à l'initiative coordonnée d'un ensemble d'états pour éradiquer une grave menace internationale.
Il serait en tous les cas fort souhaitable que l'Algérie participe à une éventuelle intervention de la CEDEAO car son potentiel militaire et ses connaissances du terrain sont considérables.
Cela dit, il est impossible d'évoquer la présence des islamistes d'Ansar Eddine et d'Aqmi dans le Nord-Mali, sans revenir sur le conflit libyen en 2011.
Et dans ce cas précis, l'honnêteté doit commander sans ambages.
On ne pourra que reconnaître humblement que l'intervention occidentale en Libye, qui a brisé le régime de Kadhafi, est la source directe de l'avènement de cette terreur islamiste radicale qui sévit à présent dans la région du Sahel.
Il est certes facile aujourd'hui, avec les données qui sont en notre possession, de jeter l’opprobre sur les occidentaux, sachant qu'une intervention en Libye, au-delà des intérêts économiques évidents, a certainement sauvé des dizaines de milliers de gens d'un massacre certain.
Moi même ait exprimé un soutien massif à une intervention militaire pour éliminer le régime de Kadhafi; mes précédents articles sur le sujet en sont édifiants, mais il a sans aucun doute été commis des négligences politiques et stratégiques gravissimes dans le suivi des évènements post-conflit.
Dans le souci de ne pas interférer dans les décisions des nouvelles autorités libyennes, une trop grande mansuétude aura sans aucun doute été accordée aux insurgés.
Or, ceux-ci étaient abondamment infiltrés par les islamistes proches d'Al-Qaïda, dont l'objectif majeur était de profiter de la situation chaotique pour monter rapidement en puissance, en s'emparant d'une partie importante des arsenaux laissés à l'abandon par les troupes défaites de Kadhafi.
Il faut se souvenir également que des milices islamiques ont combattu du côté du régime libyen avant de se retirer en direction du Mali, non sans avoir pillé, elles aussi les arsenaux.
Ainsi, tous ces "braves gens", après s'être entre-tués, se sont octroyés une capacité militaire redoutable, avant d'établir des alliances de circonstance.
Les services secrets occidentaux étaient parfaitement conscients de cette situation mais rien n'a été tenté pour contrer les actions des bandes islamistes qu'il aurait été possible de surveiller par satellite et d'éliminer en partie, au moment de leur retrait de Libye pour rejoindre le Nord-Mali et s'allier avec les touaregs du MNLA.
Cette opération aurait certainement coûté très cher par les moyens de surveillance engagés, à terre comme dans les airs, mais elle aurait certainement porté ses fruits à plusieurs occasions et permis de limiter les dégâts à venir.
Incontestablement, le Mali récolte donc aujourd'hui les fruits d'une très mauvaise appréciation occidentale des évènements qui ont suivi la chute de Kadhafi.
La réussite des islamistes dans leur objectif s'est ainsi avérée totale et, il faut le dire, si ces sinistres individus ne montrent pas plus de respect pour les préceptes de l'islam qu'ils en ont pour un vulgaire troupeau de moutons, leurs chefs ont démontré une intelligence stratégique remarquable en profitant pleinement d'une situation propice à leurs intérêts pendant et après le conflit libyen.
Et cette ingéniosité, placée uniquement au service du mal, risque d'engendrer des dommages d'une ampleur inégalée dans l'histoire du terrorisme international si rien n'est entrepris pour y mettre un terme dans les semaines à venir.
En attendant, la "talibanisation" du Sahel est en marche et rien ne semble en mesure de l'arrêter.
De la même manière que nous avons laissé Hitler monter en puissance dans les années 30 sans réagir, avec les conséquences que nous connaissons, nous continuons de négliger les leçons de l'histoire qui pourtant demeurent une formidable indication de ce que l'homme, dans son abjection la plus aboutie, est capable de réaliser contre ses semblables, au nom de ses propres délires.