mercredi 28 mars 2012

Présidentielle Sénégalaise : Une grande victoire pour la démocratie en Afrique

 
Macky Sall, le nouveau président du Sénégal

Les violences qui ont précédé le premier tour de l’élection présidentielle sénégalaise de février dernier, où plusieurs personnes ont trouvé la mort, après des heurts violents avec les forces de l’ordre, laissaient présager le pire pour l’avenir immédiat du Sénégal.
Heureusement, il n’en a rien été, et face à la pression populaire la sagesse a fini par s'imposer sur les égoïsmes et les ambitions politiques personnelles.
Plusieurs mois avant le début de cette élection, le peuple sénégalais a montré son courage et sa très grande détermination à forcer son destin pour empêcher toutes les magouilles habituelles que nous voyons encore trop souvent dans le reste de l’Afrique, avec les changements de constitution de dernière minute et surtout ces mascarades d’élections à un seul tour, où un candidat peut être élu avec 30% des voix et remporter ainsi la mise face à une dizaine d’autres prétendants qui représentent 70% de l’électorat.
Le soulèvement populaire des sénégalais, en juin 2011, pour s’opposer aux tentatives douteuses d'Abdoulaye Wade qui, en pleine dérive monarchique, souhaitait supprimer le second tour de la prochaine élection présidentielle de février 2012, aura été absolument déterminant.
La preuve en est que ce dernier, qui était en tête au premier tour du scrutin présidentiel voici un mois, a subi dimanche dernier un véritable camouflet au second tour de l'élection avec plus de 65% des voix qui se sont reportées sur Macky Sall, le nouveau président élu de la République du Sénégal.
L’union sacrée de l’opposition, pour écarter Abdoulaye Wade du pouvoir, aura donc fonctionné à merveille alors que la défaite était quasiment promise à Macky Sall si le second tour avait été supprimé.
Cette volonté farouche du peuple sénégalais, en tout point admirable, aura donc forcé Abdoulaye Wade à plier l’échine et à se conformer à des règles strictement démocratiques.
Ce dernier n’aura donc pas eu d’autre choix que de reconnaître rapidement sa défaite et de féliciter le nouveau président élu démocratiquement.
Tout autre réaction de sa part aurait plongé l’ensemble du pays dans une violence à l'issue incertaine et on peut à cet égard le remercier pour ne pas avoir tenté un très aventureux passage en force dont les conséquences pour la paix sociale risquaient d'être catastrophiques.
La démocratie est une valeur qui est profondément ancrée dans l'esprit du peuple sénégalais, dont la maturité politique élevée n’a jamais rendu facile les manipulations de toute sorte comme il en existe tant ailleurs.
Abdoulaye Wade l’aura appris à ses dépends et j’ose espérer que Macky Sall ne l’oubliera pas lorsque le peuple sénégalais devra une nouvelle fois choisir son prochain président.
Dans les jours à venir, les défis du nouveau chef de l'état seront nombreux, voire périlleux, et il n’aura donc que très peu de temps pour profiter de sa large victoire.
Le pays est gangrené par le chômage dont le taux s'élève à 49%.
Les prix des denrées alimentaires de première nécessité, qu’il a promis de baisser au cours de sa campagne électorale, sont très élevés et ne permettent plus à la population de se nourrir décemment.
Les coupures d’électricité quotidiennes sont devenues insupportables et causent un immense préjudice à l’économie locale qui est dans l'impossibilité de fonctionner normalement.
Pour que cette situation lamentable ne perdure pas, il est obligatoire de moderniser les infrastructures électriques dans les plus brefs délais.
Au niveau de l’éducation, la situation est très préoccupante puisque la grève interminable des enseignants, depuis le mois de décembre 2011, liée à des revendications financières, a plombé l’année scolaire.
Des solutions doivent être trouvées d’urgence pour permettre le redémarrage des écoles du pays avant qu'une année blanche ne soit constatée, empêchant de surcroît la tenue des examens de fin d'année scolaire.
Pour réaliser des réformes et procéder à des changements importants, il est nécessaire de faire appel aux réserves financières de l'état.
Or, les caisses sont désespérément vides et il va bien falloir trouver des fonds quelque part.
Le problème de la Casamance, au sud du pays, avec cette rébellion qui revendique son indépendance, est récurrent et les solutions ne sont pas légions.
On peut aisément comprendre que le Sénégal n'ait pas l'intention d'abandonner une partie de son territoire qui regorge de terres fertiles pour l'agriculture alors que le désert gagne chaque jour du terrain au nord.
Et lorsqu'on sait que la Casamance est une région très touristique, bien équipée en infrastructures, le Sénégal n'acceptera jamais de se priver d'une manne financière unique.
La tâche qui attend Macky Sall est donc colossale, à la limite de la mission impossible, et l'état de grâce dont il bénéficie logiquement aujourd’hui risque d'être de courte durée.
Il est ainsi bien compliqué de se projeter vers l'avenir, au regard de la situation économique terriblement délicate du Sénégal.
Les rares démocraties africaines demeurent très fragiles et les dernières mésaventures du Mali, qui ont vu son président, élu démocratiquement, être renversé par un coup d'état, conduisent à afficher la plus grande prudence.
Cependant, une chose reste certaine :
L'élection présidentielle qui vient de se dérouler au Sénégal, sur 2 tours de scrutin, est à mon sens l'exemple type de ce que les autres pays d'Afrique noire doivent suivre pour éviter l'avènement de présidents mal élus, qui ne représentent qu'une minorité de la population et qui, de ce fait, ne peuvent se prévaloir d'une quelconque légitimité qu'en imposant un régime autoritaire et propagandiste.
Il faut espérer que les peuples africains poursuivront cette émergence des esprits qui mène à la maturité politique et sauront tous un jour se donner pacifiquement les moyens de choisir l'homme qu'ils désirent réellement à leur tête pour présider aux destinées de leur pays.
Et pour l'instant, le Sénégal qui a montré comment emprunter le chemin de l'honneur, apparaît comme la nouvelle illustration de l'Afrique qui gagne.

lundi 26 mars 2012

Mohamed Merah : La folie criminelle d'un minable raté de banlieue


La douleur indicible et l'immense émotion suscitées par les tueries de Toulouse et Montauban, la terrible cruauté de la bête immonde qui les aura perpétrée, resteront certainement imprégnées de longues années dans la mémoire collective des français.
Et si le tremblement de terre psychologique qui s’en est suivi, a peut-être ébranlé certaines fondations de l’éducation qui nous a été inculquée par les institutions de notre société démocratique, il convient de ne pas se laisser aller, sous l'emprise du choc et de l'effroi, à des idées qui nous amèneraient à nous détourner des fondamentaux que sont la tolérance et l'acceptation des différences.
Toutefois, lorsqu'on apprend que le tueur a indiqué aux policiers le "plaisir infini" qu'il avait pris au cours de ses actions meurtrières et que le seul regret qu'il éprouvait était d'avoir manqué la rentrée des classes à l'école juive, qui lui aurait permis de tuer plus d'enfants, on a le plus grand mal à contenir sa colère et à ne pas exprimer les sentiments violents qui nous assaillent.
Cela dépasse l'entendement et on ressent une insoutenable impression d'impuissance devant un comportement hors normes, dont l'extrême détermination et la force destructrice paraissent impossible à maîtriser autrement que par l'élimination physique de l'individu.
Aujourd'hui, après l'effusion de sang, alors que les armes se sont tues et qu'il ne reste que le déchirement de ceux qui ont perdu des êtres chers, plusieurs questions se posent et demeurent encore sans réponses précises.
Quelles sont donc les solutions qui se présentent à un état de droit pour qu'une telle horreur ait désormais très peu de chance de se reproduire ?
Comment poursuivre l'exercice de la justice telle que nous la concevons dans une démocratie et rester dans la légalité que nous imposent nos lois, tout en se donnant les moyens d'éradiquer des monstres qui n'ont de place dans aucune société civilisée ?
Peut-on réellement protéger, de manière efficace, la population contre la barbarie et la sauvagerie sans transgresser une partie des principes républicains qui sont les nôtres ?
Malgré notre consternation, notre écœurement, il est difficile de balayer d'un revers de main toutes ces valeurs que notre société a établies au fil des siècles, même si ces dernières tendent à étaler certaines faiblesses lorsqu'elles sont confrontées à des chiens enragés, avides de sang.
Cela nous amènerait à nous abaisser au niveau de cette doctrine moyenâgeuse intégriste, tristement célèbre, qui rassemble en son sein une bonne partie des dégénérés et des immondices qui errent dans notre monde contemporain.
Il est en tous les cas véritablement effrayant d'imaginer qu'il existe peut-être d'autres Mohamed Merah à travers la France, cachés dans l'ombre, prêts à frapper une fois encore, au moment où nous nous y attendrons le moins. 
A cet effet, les services de renseignements, qui ont effectué un travail admirable pour repérer le tueur dans un temps record et l’empêcher d'agir de nouveau, devront sans doute recadrer une partie de leur stratégie pour tenter de neutraliser ce genre d'individu avant qu'il ne passe à l'acte.
Il ne sert à rien de se fourvoyer dans des polémiques politiciennes à usage purement électoral.
Il est tellement facile de s'ériger en donneurs de leçons avec des "il aurait fallu que", "il n'y avait qu'à", lorsqu'on passe le plus clair de son temps bien à l'abri derrière un bureau cossu.
La qualité des services de renseignements français n'est plus à démontrer tant ceux-ci sont parvenus, à de nombreuses reprises ces 15 dernières années, à déjouer les tentatives d'attentats sur le territoire.
Une nouvelle forme de terrorisme est apparue avec le tueur de Toulouse et de Montauban, et il faut s'y adapter en réévaluant les risques que font courir certains personnages rebuts de la société et parfaitement connus des services de police.
Il y a des leçons à tirer de ce qui s'est passé, comme on tire les conséquences d'une guerre qu'on a mené, afin de limiter encore plus à l'avenir les risques de revivre une telle abomination.
Quant à nous, simples citoyens, il serait imprudent de se laisser emmurer dans une espèce de paranoïa qui ferait qu'on ne vive que dans la peur et l'inquiétude et qui donnerait aux fanatiques obscurantistes toutes les raisons de se réjouir de nos tourments.
C'est pourquoi, la vie doit reprendre le dessus sur l'abattement et la stupeur, comme un signal envoyé aux assassins de l'ombre, pour indiquer que malgré les coups reçus, nous restons debout.
Pourtant, incontestablement, il y aura un avant et un après Mohamed Merah.
Cette épouvantable raclure, dont le nom est souillé à jamais de l’ignominie la plus abjecte, qui s'est injustement prévalue de l'islam et qui en a violé tous les préceptes, remplit mon cœur d'un sentiment de révolte et de profond dégoût, à en vomir ses tripes à même le sol.
Mais qu’on ne s’y trompe pas !
Le respect que j’ai toujours ressenti pour toutes les religions qui font de la France ce qu’elle est, demeure plus que jamais intact.
Des militaires de confession musulmane et catholique qui servaient leur pays, des enfants et un père de famille juifs, tous français, ont été assassinés, massacrés sans pitié parce qu’ils ont eu pour seul tort de porter un uniforme ou de représenter une religion.
Aussi, toute stigmatisation des origines qui ferait flamber, dans les jours à venir, certaines passions malsaines, doivent être proscrites avec la plus grande vigueur.
La loi devra s'appliquer avec une extrême fermeté en cas de dérives éventuelles de certains individus à l’intellect limité, qui pourraient se servir d'un drame épouvantable pour faire valoir leurs idées xénophobes.
Et lorsque j'ai vu les principaux responsables juifs, musulmans et catholiques parler d'une même voix pour exprimer leur désarroi commun, lorsque j'ai observé ces milliers de gens, de toutes confessions confondues, défiler dans les rues pour témoigner de leur union et de leur solidarité envers les familles éplorées, j'ai été fier de mon pays.

lundi 19 mars 2012

Crimes coloniaux de la France en Algérie : des regrets officiels pour une vraie réconciliation



Alors que les souvenirs douloureux d’une guerre qui aura laissé, de part et d’autre, de profondes cicatrices continuent d’entretenir un climat passionnel, voire malsain des deux côtés de la méditerranée, l’anniversaire le 18 mars 2012 des 50 années de la signature des accords d’Evian, qui auront ouvert la voie, 4 mois plus tard, à l’indépendance de l’Algérie, est une très bonne occasion pour revenir sur une question régulièrement placée sur le devant de la scène :
La France doit-elle se repentir pour son comportement envers le peuple algérien, pendant toute la période de la colonisation de 1830 à 1962 ?
Le gouvernement algérien continue de revendiquer cette repentance officielle sans laquelle il affirme qu’on ne pourra jamais tourner la page de cette sinistre époque.
Il faudrait cultiver une dose de mauvaise foi hors du commun pour nier que la France a commis de nombreuses exactions et des crimes épouvantables au cours de la période coloniale, puisque la conquête de l'Algérie aura entraîné la disparition de près d'un tiers de la population locale.
De 1830 à 1962, les massacres, les déportations, les exécutions sommaires et les tortures se seront pratiqués au fil des avancées de la colonisation et des différentes révoltes qui auront jalonné les 130 années de la domination française en Algérie.
Les tristement célèbres "enfumades" des années 1844 et 1845, au cours desquels périront des milliers d'algériens, dont des femmes et des enfants, resteront à jamais comme le summum des horreurs perpétrées par le régime colonial de l'époque.
Oui, la France pays des droits de l’homme, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité a gravement porté atteinte, en Algérie, aux valeurs universelles qu’elle a toujours véhiculées aux quatre coins du monde.
Oui, elle a commis de multiples crimes de guerre contre le peuple algérien, qui sont incontestables, et de ce fait, elle est redevable d'une dette immense envers l'Algérie.
Au regard de telles évidences que les historiens se seront chargés de nous révéler, au-delà des haines et des rancœurs du passé, je crois sincèrement que le temps est venu pour la France de se résoudre à reconnaître les faits et à exprimer officiellement des regrets.
Cela serait tout à l’honneur d'un pays qui s’est égaré jadis dans des actes d’une indignité en tout point révoltante.
On ne pourra jamais avancer de manière significative dans les relations franco-algériennes tant que les choses resteront en l'état, tant que le silence perdurera, que les tabous persisteront.
Il faut qu'un geste très fort soit entrepris pour donner le signale d'une réconciliation définitive.
Et dans ce domaine, il revient à la France de tendre la main à l'Algérie. 
L'énorme symbolique de cette action permettrait de franchir un palier d'une importance capitale dans les relations entre les deux pays qui sont si compliquées, si empreintes de méfiance et d'incompréhension depuis l'indépendance de l'Algérie.
Cela dit, si l'état algérien est dans son droit le plus strict en demandant la repentance de la France pour ses crimes coloniaux, il ne doit pas occulter les agissements passés de ses propres compatriotes.
Le gouvernement algérien devrait veiller à ce que sa mémoire, un peu trop sélective, s'ouvre sur une vision plus réaliste et plus conforme à l'histoire commune entre la France et l'Algérie.
En effet, pendant la guerre d'Algérie, au cours de la période de 1954 à 1962, les combattants de l'ALN (Armée de libération nationale) n'étaient pas en reste en matière d'exactions et de crimes de guerre.
Pis encore, c'est après les accords d'Evian et plusieurs jours après la proclamation de l'indépendance de l'Algérie, le 5 juillet 1962, que des enlèvements massifs et les massacres de plusieurs milliers de civils européens, hommes, femmes et enfants, auront été commis.
Et que dire de l'extermination organisée des harkis et de leurs familles, tous considérés comme des traîtres, quelques jours seulement après l'indépendance ?
On peut naturellement comprendre la haine viscérale des algériens envers les harkis qui est à comparer avec celle des français envers ceux qu’on appelait les collabos au cours de la seconde guerre mondiale, mais rien ne justifie le massacre systématique, dans des conditions abominables, de plusieurs dizaines de milliers de personnes dont des centaines de familles entières.
Force est de reconnaître que dans le monde de l'horreur absolue, dans ce qu’il existe de plus abject, de nombreux algériens auront surpassé leurs "maîtres" français en matière de terreur et de bestialité.
Ces crimes atroces ne doivent pas être passés sous silence et l'état algérien ne peut s'en démarquer.
Il n'est écrit nulle part que sous prétexte qu'on lutte pour l'indépendance de son pays, les exactions et les assassinats massifs, commis contre ceux qui sont considérés comme les envahisseurs, sont absous sur l'autel de l'histoire.
La guerre d'Algérie était une guerre si sale qu'elle s'est poursuivie malgré les accords d'Evian et malgré la proclamation de l'indépendance.
Après cinquante années de non-dits, de mensonges d'états, tant en France qu'en Algérie, il serait peut-être temps désormais que chaque partie prenne conscience des vérités de l’histoire, même si elles heurtent les sensibilités, exacerbent les susceptibilités et bouleversent les discours propagandistes. 
Et si la France doit incontestablement être la première à formuler des regrets pour ses crimes contre le peuple algérien, ce même peuple ne saurait passer au travers de ses propres exactions, et il appartient au gouvernement algérien d'en tirer lui aussi toutes les conséquences. 
Je ne terminerai pas sans avoir une pensée particulière pour les grands oubliés de cette sale guerre, les harkis, qui étaient au service de l'armée française.
Leur abandon par l'état français qui a refusé à l'époque de donner des consignes pour un rapatriement général en métropole, afin de les protéger de ce qui était inévitable, restera comme l'une des plus grandes infamies de toute l'histoire de France.

jeudi 8 mars 2012

Elections présidentielles françaises : Nicolas Sarkozy ou la chronique d'une défaite annoncée


Lorsque Nicolas Sarkozy a été élu en 2007, je me souviens que les espoirs fondés par la majorité des français étaient immenses.
Le brio de ses discours et ses projets accrochaient les esprits et frappait le cœur.
Son enthousiasme, son hyper activité, ce besoin d'être partout, à toute heure du jour et de la nuit, impressionnaient le monde entier.
On sentait que son engagement et son implication dans tous les problèmes de la société et sur les évènements extérieurs à la France étaient quasi illimités et on éprouvait cet étonnant sentiment d'être quelque peu épuisés par tant de dynamisme.
Jamais un chef d'état n'avait montré une telle débauche d'énergie et malgré le bling-bling inhabituel qui a tant été décrié par la suite, dans l'euphorie générale, on avait réellement envie de croire qu'il était l'homme providentiel que la France attendait.
L'omnipotence d'un personnage véritablement monté sur piles était même inquiétante, car elle reléguait les principaux responsables des partis de l'opposition à de simples figurants, qui paraissaient anesthésiés par ce petit Napoléon qui ne tenait pas en place.
Cette situation incongrue, où l'opposition était devenue aphone, me semblait d'ailleurs nuire aux principes de la démocratie mais après tout, Nicolas Sarkozy n'était pas arrivé au pouvoir par le force des baïonnettes, ni par une quelconque magouille politique, mais par la vérité des urnes.
En ce mois de mars 2012, que reste-il donc de toutes ces aspirations, de cette folle espérance qui a tant animé une grande partie des français, alors qu'ils ont dû subir, ces 4 dernières années, une crise inattendue dont l'ampleur est sans précédent depuis les années 30 ?
Il faut reconnaître aujourd'hui que pour beaucoup de gens, la déception est à la hauteur des attentes de 2007 ; forte et profonde.
Tout en tenant compte des déboires engendrés par la crise qui ont certainement changé la donne politico- économique, l'attitude quotidienne de Monsieur Sarkozy, souvent hautaine, trop sûre d'elle même, aura particulièrement favorisé l’émergence d'un rejet profond au sein d'une grande partie de la population, alors en proie à de multiples difficultés.
Un rejet que les différentes réussites à l'international ne seront pas parvenues à modérer.
Et le lourd échec sur le problème chronique du chômage dont la promesse de baisse significative était un argument fort de la campagne de 2007, allié à la perte constante du pouvoir d'achat des français, aura contribué à exacerber les sentiments les plus vindicatifs à son encontre.
D'autre part, alors que Monsieur Sarkozy aura besoin de tout son électorat pour tenter de se maintenir au pouvoir, le peu d’engouement que suscite la présidentielle, à moins de 2 mois du premier tour, ne risque pas d'arranger les choses en cas d'abstention importante.
Il faut reconnaître que lorsqu'on constate qu'un sujet comme la viande halal est placé sur le devant de la scène dans une campagne présidentielle, au moment où les français s'inquiètent terriblement pour leur avenir, il y a de quoi désespérer de ces hommes et femmes politiques de tout bord qui perdent leurs nerfs au moindre incident et dont le niveau de réflexion, parfois, ne dépasse pas celui de la cour de récréation d'une école primaire.
A cet effet, on pourra sans doute regretter l’absence d'un homme qui, s'il n'avait pas eu pour habitude de déboutonner sa braguette chaque fois qu'il croisait une dame de bonnes ou de mauvaises mœurs, aurait certainement su élever, en matière de politique j'entends, les débats bien au dessus de la ceinture.
On a d'ailleurs cru que son absence était une très bonne nouvelle pour Monsieur Sarkozy qui, secrètement, a dû bénir pour un temps la profession de femme de chambre.
Il n'en sera rien, car dans l'opinion publique, l'antipathie envers le président Sarkozy semble tellement importante, que même si le PS avait choisi un autre candidat que François Hollande, celui-ci serait également en tête des intentions de vote.
Il semble donc que globalement ses réserves de voix paraissent très largement insuffisantes alors que les électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou sont très partagés sur leur choix de vote au second tour.
Je n'irai pas jusqu'à dire que tout est perdu pour Nicolas Sarkozy, car celui-ci possède une telle capacité à retourner les situations compromises et une si grande énergie dans les combats qu'il entreprend, qu'un mince espoir subsiste encore.
Mais il faut garder un minimum de lucidité.
Les sondages, même s'ils doivent être considérés avec beaucoup de réserves, donnent une avance au second tour, en faveur de Monsieur Hollande, jamais obtenue par un candidat à une élection présidentielle à quelques semaines de l'échéance.
Cela tendrait à démontrer que les français pourraient d'abord voter plus pour se débarrasser de Monsieur Sarkozy que pour voir François Hollande à la tête de l'état.
Cette élection présidentielle de 2012 a de grandes chances d'être avant tout un référendum contre Nicolas Sarkozy.
Ne nous voilons donc pas la face ; si Nicolas Sarkozy a vécu l'exaltation d'Austerlitz un soir de mai 2007, il est probable qu'il connaisse l'ambiance des mornes plaines de Waterloo dans 2 mois.
La question qui se pose donc, est de savoir si, en cas de victoire, un homme comme François Hollande, fade et sans saveur, à qui il n'a jamais été confié la moindre responsabilité au sein de l'état, serait en mesure de réussir, dans la présente conjoncture, là où Monsieur Sarkozy a connu tant d'embûches et de contrariétés ?
Sans aucune hésitation, je réponds non.
Dans la situation de crise dans laquelle est plongée la France, rien ne saurait remplacer l'expérience du terrain lorsqu'on aspire aux plus hautes fonctions de l'état.
Le seul homme de gauche qui avait les capacités de redonner des couleurs à la France, a ruiné sa carrière politique dans une luxueuse chambre d'hôtel de New-York.
Certes, il est probable que dans plusieurs mois le gros de la tempête soit passé et que Monsieur Hollande, s'il était élu, récupère le gouvernail d'un navire qui aura déjà traversé les plus fortes intempéries.
La gestion de la France devrait s'en trouver alors heureusement plus aisée.
Malgré le fait que je ne partage pas le projet de Monsieur Hollande qui ne me semble pas répondre à la crise et dont les discours ne m'interpellent pas, je souhaite sincèrement qu'en cas d’élection, la situation économique lui soit plus favorable car je n'ose pas imaginer ce qui arriverait s'il devait tenir la barre du navire France au milieu d'une nouvelle tempête où, comme cela a été le cas pour Nicolas Sarkozy, tous les éléments étaient déchaînés.
En aucune manière je n'espèrerai l'échec d'un homme politique, même si je ne ressens strictement aucune affinité à son égard, dès lors qu'il tient entre ses mains l'avenir de mon pays.
Comme beaucoup de gens en 2007, j'ai adhéré aux idées de Monsieur Sarkozy.
Le 22 avril et je l'espère le 6 mai prochain, sans réelles illusions, je lui renouvellerai mon suffrage, faisant fi de mes propres déceptions.
Et mes espoirs, plus mesurés, seront de 2 ordres : 
Qu'en cas de victoire, que je qualifierai de miraculeuse, les leçons des échecs passés soient tirées pour que tout soit réellement mis en œuvre afin de stopper l'hémoragie du chômage et la baisse constante du pouvoir d'achat de la majorité des français.
Qu'en cas de défaite, celle-ci ne soit pas d'une ampleur telle qu'elle confèrerait à la victoire de François Hollande des allures de triomphe à la Jules César revenu de sa campagne gauloise.
Mais quel que soit le vainqueur, je lui souhaiterai bonne chance pour ramener la France sur le chemin de la reprise économique.