mardi 28 février 2012

Guinée Equatoriale : La justice française s'attaque aux biens mal acquis

Hôtel particulier de la famille Obiang Nguema

L'ONG "Transparency International France" doit certainement jubiler depuis plusieurs jours.
Suite au dépôt de plainte de cette organisation en 2008 contre le détournement de fonds publics de certains chefs d'états, la justice française enquête depuis la fin 2010 sur les conditions d'acquisition en France du patrimoine privé de plusieurs dirigeants africains.
C'est ainsi que la famille milliardaire du président de Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema qui dirige d'une main de fer son pays depuis 33 ans, vient de voir son somptueux hôtel particulier de l'avenue Foch à Paris, perquisitionné par les policiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière.
Et on peut affirmer sans exagération que ce bâtiment de 6 étages, comportant 101 pièces sur plus de 5 000 mètres carrés, estimé à 500 millions d'euros, était une véritable caverne d'Ali Baba.
Des objets précieux de toute sorte, des œuvres d'art souvent rares et de très grande valeur, ont donc été saisis alors que déjà, à l'automne 2011, une dizaine de voitures de luxe, Ferrari et Bugatti, avait été confisquée dans le parking de l'immeuble.
La Guinée Equatoriale est un petit pays de 650 milles habitants environ, qui est devenu à la fin des années 90 le troisième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne.
Comme cela est trop souvent le cas sur le continent africain, le miracle économique dû à la manne pétrolière et les nombreux travaux d'infrastructures engagés n'ont malheureusement que très peu profité à la population, dont 70% vit en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollars par jour.
Et si le PIB a très fortement progressé, ce pays considéré comme relativement riche, ne pointe qu'à la 121ème place sur 177 à l'indice du développement humain.
S'il ne faisait aucun doute pour les connaisseurs de la Guinée Equatoriale que la famille Obiang Nguema, s'est appropriée une partie importante des richesses de son pays au détriment de son peuple, encore fallait-il le prouver avec l'apport de preuves accablantes.
Les innombrables objets de valeurs trouvés dans cet hôtel particulier, qui viennent s'ajouter à la formidable collection de voitures de sport et le train de vie effarant entretenu par les membres de cette famille, tend à confirmer que les suspicions d'un détournement systématique de fonds publics étaient fondées.
Au regard de son statut de grand pays pétrolier et d'un nombre d'habitants très modeste, si une gestion honnête et une répartition équitable des recettes pétrolières engrangées par la Guinée Equatoriale avaient été établies, cet état serait comparé aujourd'hui à Dubaï et non pas considéré comme un pays sous-développé et gangrené par une corruption massive.
J'imagine sans peine que le simple citoyen équato-guinéen qui a la possibilité de pendre connaissance de l'actualité judiciaire mettant en lumière les richesses incommensurables des "seigneurs et maîtres" de son pays, doit être abasourdi par autant d'indécence, par cet innommable gaspillage des richesses de la nation, alors que chaque jour il doit se battre pour survivre et nourrir les siens.
Cette affaire des biens mal acquis, où on découvre la possession de richesses dont la valeur donne le vertige, met de nouveau en exergue l'enrichissement personnel et illimité d'un certain nombre de chefs d'états africains sans scrupules, au patriotisme très sélectif, qui voit en premier lieu dans la fonction suprême le meilleur moyen de s'enrichir rapidement.
Il est facile, pour ceux qui sont dénués de toute morale, de porter hautes les couleurs de leur pays lorsqu'ils le pillent sans vergogne, qu'ils emprisonnent et torturent leurs opposants et qu'ils réduisent leur peuple à la misère et au silence.
Comment s'étonner alors que la fonction présidentielle puisse se transmettre naturellement de père en fils comme cela sera probablement le cas en Guinée Equatoriale, puisque Teodoro Obiang Ngema a déjà désigné son rejeton comme son successeur à sa mort ?
La famille Obiang Nguema, humiliée par la perquisition et cette saisie record de biens dont elle vient de faire l'objet, proteste fermement contre l'action entreprise par la justice française, qu'elle juge scandaleuse, indigne et contraire aux droits diplomatiques internationaux.
Il parait certain que les mots "scandale" et "droit" n'ont pas la même signification en Guinée Equatoriale et en France.
Mais la justice hexagonale n'est pas la seule à agir car en octobre 2011, les autorités américaines avaient confisqué 70 millions de dollars d'actifs comprenant un domaine, un jet et plusieurs voitures de luxe.
L’étau judiciaire semble donc se resserrer au fil des mois et il sera donc très compliqué pour ce petit monde habitué au luxe à outrance, de justifier l'origine de l'argent qui a servi a acquérir l'un des trésors les plus importants de la planète, qui aurait dû logiquement permettre à une population, rigoureusement tenu en laisse, de décoller vers un niveau de vie envié par tout le continent africain.
En attendant plus de détails sur l'ampleur d'un patrimoine qui, au vu de la pauvreté d'un peuple, donne la nausée, peut-être ne sera t'il pas bon prochainement pour les ressortissants français de séjourner à Bata ou à Malabo.
Les hommes d'affaires qui envisagent de se rendre en Guinée Equatoriale devront se montrer prudents.
Les coups tordus risquent de pleuvoir et sans vouloir surestimer les capacités de nuisance de la famille Obiang Nguema, j'ose rappeler les agissements du tristement célèbre Kadhafi qui, pour régler ses litiges avec la Suisse, n'a pas hésité à emprisonner quelques citoyens innocents de ce pays afin d’exercer une pression dans le but d'obtenir gain de cause.
Dans ces républiques bananières où une infime minorité d'individus monopolise le pouvoir et considère le non droit et la répression comme une véritable institution, il faut s'attendre à toutes les dérives.

mardi 14 février 2012

"Tintin au Congo" ou la victoire du bon sens sur la bêtise humaine


En saisissant la justice belge en 2007, pour interdire la vente de la bande dessinée, "Tintin au Congo", qu'il accuse d’œuvre raciste, Monsieur Bienvenu Mbutu Mondondo se sera octroyé, pendant quelques années, un bon coup de publicité à moindre frais.
Le repos sacré du regretté Hergé, l'auteur de cet album publié pour la première fois en 1931 et remanié en 1946, a certainement dû se trouver fort troublé.
Si le ridicule et l'idiotie étaient des disciplines olympiques, il ne fait pas de doute que Bienvenu Mbutu Mondondo serait couvert d'or.
Nous vivons décidément dans une société bien surprenante, où l'absurdité, lorsqu'elle atteint un paroxysme, constitue de plus en plus une qualité reconnue, susceptible de mener à la médiatisation et à la notoriété.
Aussi, même si le tribunal de 1ère instance de Bruxelles a refusé, le 10 février dernier, d'interdire la vente de ce célèbre album en déclarant que les éditions Casterman et la société Moulinsart qui gère les droits des bandes dessinées d'Hergé, ne s'étaient pas rendues coupables de racisme ou de xénophobie, ce Monsieur, sorti de nulle part, qui aura tenté de se couvrir de gloire sur le dos de Tintin, aura réalisé l'exploit de concentrer l'attention sur sa petite personne, régulièrement pendant 5 ans, de tous les médias du monde.
Je constate amèrement, qu'à notre époque où les repères sont devenus indéfinissables, n'importe quel individu, en mal de popularité, peut sortir de l'anonymat pour se trouver sous les feux de la rampe dès lors qu'il décide de s'attaquer à une œuvre mondialement connue et appréciée, en l'accusant de racisme, ce mot si magique pour certains.
Mais plus grave encore, le simple fait qu'un tribunal accorde de l'importance aux élucubrations d'un pauvre bougre, en se déclarant compétent pour statuer sur sa plainte qui remet en question l'existence d'une bande dessinée mythique, vieille de 77 ans, et lue avec délectation par des centaines de millions d'amateurs de Tintin, en dit long sur le déficit moral de la société, où il semble ne plus y avoir de limite à l’indécence.
Le tribunal, 5 années après le dépôt de plainte, s'il vous plait, aura tout de même fini par décider qu'il était nécessaire de replacer "Tintin au Congo" dans le contexte de l'époque où, dans les années 30, effectivement, les clichés sur l'homme noir n'étaient malheureusement pas des plus flatteurs, sans qu'il y ait pour autant matière à xénophobie.
Cependant, compte tenu des mentalités actuelles où le politiquement correct et l'hypocrisie sont considérés comme un art de vivre obligé pour se faire accepter dans la bonne société, je dois avouer ma surprise quant à la décision de la justice belge de ne pas se prononcer favorablement sur la demande de  Monsieur Mbutu Mondondo.
A défaut de courage, j'y vois ici une forme de bon sens de la part d'une justice qui a miraculeusement décidé que la bouffonnerie n'avait pas systématiquement sa place dans les prétoires.
Monsieur Mbutu Mondondo était pourtant soutenu discrètement mais fermement par certaines associations antiracistes qui essaient continuellement d'entretenir dans l'opinion publique les culpabilités venues de la sinistre époque du colonialisme et de travestir la vérité en tentant d'imposer la thèse qui voudrait que le racisme soit un sentiment dont l'homme blanc aurait le strict monopole.
Si ces "grands redresseurs de torts", qui excellent plus dans la "commedia dell'arte" que dans la défense des intérêts des opprimés et qui jouent à merveille les vierges outragées dès que le mot "noir" est prononcé, quittaient leurs beaux quartiers de Bruxelles ou de Paris pour se rendre en Afrique, ils sauraient que le racisme n'est pas seulement une histoire de blanc contre le pauvre noir enchaîné et martyrisé, mais qu'il sévit dans tous les pays du continent, au sein même des différentes ethnies locales où tel ou tel individu est rejeté, discriminé, voire humilié pour le simple fait qu'il n'appartient pas à la tribut majoritaire où à celle qui domine le pays.
Il est naturellement plus facile de manipuler un guignol qui a reconnu avoir lu "Tintin au Congo" dans sa jeunesse, donc bien des années avant de penser subitement à porter plainte contre un album qui ferait l'apologie du colonialisme.
Même les illustres Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny, grands défenseurs de la cause de l'homme noir par excellence, n'ont jamais imaginé porter une telle accusation.
Ce brave Monsieur Mbutu Mondondo, qui vient de perdre son si "prestigieux" combat contre le supposé racisme de Hergé, se serait montré bien plus avisé si l'idée lui était venue d'engager une procédure judiciaire contre les dirigeants de son propre pays, la République Démocratique du Congo, où chaque jour les libertés sont bafouées, les opposants surveillés, emprisonnés et torturés, les élections continuellement truquées, au bénéfice d'une infime minorité de privilégiés.
Je l'invite donc vivement à laisser définitivement "Tintin au Congo" aux enfants et aux fans de bandes dessinées pour défendre vaillamment les vraies valeurs d'une société libre dont les dirigeants de son pays, corrompus jusqu'à la moelle, ont une conception si particulière.
Sa guerre sordide contre une célèbre bande dessinée qui, en 2012, a dépassé les 80 années d'existence, et dont je suis fier d'affirmer qu'elle aura bercé mes rêves d'enfant, me parait aux antipodes du climat qui règne en République Démocratique du Congo.
En s'intéressant un peu plus à la misère interminable de son peuple, alors que l'état congolais dispose de richesses faramineuses en matières premières, peut-être y découvrira t'il le sens de l'honneur.
J'ose croire, sans toutefois grand espoir, que ce Monsieur saura un jour établir une différence marquée entre la dignité et la honte.
Mais comme l'affirmait, non sans malice, Pierre Desproges : "Dieu est peut-être éternel, mais pas autant que la connerie humaine".
Quant à moi, je m'en vais de ce pas relire pour la énième fois les passionnantes aventures de "Tintin au Congo".

dimanche 5 février 2012

Marine Le Pen face aux contradictions de la démocratie


Marine Le Pen, qui a le plus grand mal à regrouper les fameuses 500 signatures pour accéder à la candidature présidentielle, vient de remporter une victoire politique non négligeable depuis que le Conseil d’Etat a accepté début février, à sa demande, de transmettre au Conseil constitutionnel le problème soulevé par le FN, au sujet de la publication des noms des élus accordant leur parrainage aux candidats.
En effet, le FN souhaiterait vivement que ces noms demeurent anonymes afin que les élus, sujets à de nombreuses pressions et ne souhaitant pas être étiquetés par tel ou tel parti, se sentent plus libres pour parrainer des candidature dites sensibles.
Le fait que le Conseil d’Etat ait transmis la requête du FN au Conseil constitutionnel n’indique cependant en aucune manière que celle-ci sera approuvée, loin de là.
La demande du FN et les arguments présentés ont été jugés suffisamment crédibles pour que le Conseil d’Etat s’interroge sur la conformité à la Constitution, mais les chances de voir la fin de l’anonymat des élus décider par les 11 Sages du Conseil constitutionnel sont infimes.
A moins d’une énorme surprise, les Sages devraient se prononcer le 22 février prochain pour le maintien de la publication des noms des élus ayant parrainé les candidats, tout en reconnaissant éventuellement que la question peut faire débat au regard des changements ayant affecté la vie politique au cours des 30 dernières années.
Et si une évolution devait intervenir, celle-ci ne se serait sans doute pas effective avant les élections présidentielles de 2017.
A ce jour, Marine Le Pen, selon ses dires, ne disposerait que de 350 signatures d’élus et de ce fait, ne serait toujours pas en mesure d'obtenir l'autorisation de se présenter à la candidature présidentielle.
En partant du principe que les Sages ne reviendront pas sur la loi du 18 juin 1976 qui impose que les noms des 500 élus ayant accordé leur signature à un candidat soient rendus publics, il lui reste donc quelques semaines, jusqu’au 16 mars au soir, pour parvenir à l'objectif assigné et obtenir le fameux sésame.
Ce n’est pas la première fois, au cours d'une élection de ce type, que la famille Le Pen se plaint des nombreuses difficultés rencontrées dans l'obtention des 500 signatures, mais cette fois-ci, la menace paraît plus sérieuse que d’habitude même si beaucoup de gens soupçonnent une nouvelle fois une tentative d'intox du FN.
Il faut être honnête et reconnaître que, mis à part les électeurs du FN, il ne se trouverait pas grand monde pour regretter sincèrement une absence éventuelle de Marine Le Pen aux prochaines élections d’avril et de mai 2012.
Etre débarrassé, même temporairement, des idées et des préjugés véhiculés par ce parti, que j’ai toujours trouvé dangereux, malgré certaines vérités énoncées, ne serait pas pour me déplaire.
Cela dit, une telle perspective serait un coup très dur porté aux fondamentaux de la démocratie dont la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis politiques.
Bien-sûr, il existe des règles qui ont été édictées depuis longtemps et celles-ci n'ont jamais été véritablement remises en question au cours des précédentes élections.
Cependant, s'il est prouvé, qu'en certaines occasions, une mesure peut s'avérer antidémocratique et porter atteinte à l'engagement d'un parti dûment reconnu par la société, il convient de tout mettre en œuvre pour la changer.
Même si je ne partage pas la doctrine du FN, il me semblerait extrêmement grave de marginaliser entre 18 et 20% d’électeurs potentiels qui constituent un courant de pensée qu’il serait inacceptable d’ignorer.
C’est l’unique raison pour laquelle, comme 70% des français, je souhaite que Marine Le Pen parvienne à trouver ses 500 signatures.
Ainsi, elle pourra continuer, tout au long de la campagne présidentielle, de donner la nausée à certains d'entre nous et d'exacerber des peurs qui nous rappellent régulièrement les sinistres jours du fascisme.
Ceci, au nom de la démocratie, des valeurs du pays des droits de l’homme et de la crédibilité des prochaines élections présidentielles.